C’est utour de quelques braseros, un cierge à la main et un tissu de couverture épinglé à leurs manteaux, les symboles de la lutte contre l’itinérance dans cette soirée, que les citoyens et sans-abri solidaires ont voulu sensibiliser la population.
(Photo : Yves Ranger)
Tous unis dans la rue
Des leaders d’organismes communautaires, des intervenants sociaux, des citoyens empathiques et des jeunes de la rue se sont donné rendez-vous au terminus de Terrebonne vendredi soir dernier pour la 6e Nuit des sans-abri de la municipalité. Leur but : faire résonner la voix de l’itinérance dans cette nuit du 16 octobre, pour éviter qu’elle soit oubliée lors des 364 autres de l’année.
«Il n’y a pas de jours fériés pour l’itinérance. Nos intervenants sociaux travaillent sans relâche avec les gens de la rue qui cherchent un toit, un gîte, une façon de réembarquer leur vie sur les rails parfois», raconte Estelle Dionne, directrice de l’Hébergement d’urgence de Terrebonne (HUTTE). «On veut sensibiliser la population du sud de Lanaudière, renchérit Yves Leclerc du Centre de santé et de services sociaux de la région (CSSS Sud Lanaudière). L’image de Terrebonne d’un milieu aisé sans souci est un problème. Ici, il y en a qui en arrachent pour vrai.»
L’itinérance dans la région passe plutôt incognito. Ce ne sont pas des clochards recroquevillés sur un banc de parc, ni des jeunes regroupés en petite gang en train de quêter de l’argent et d’afficher pleinement leur vie de bohème comme il s’en trouve à Montréal. Ce sont plutôt des jeunes qui fuient leur maison et qui crèchent chez des amis où se cachent dans les stationnements. Des citoyens écrasés par le poids de leur prêt hypothécaire qui cherchent un refuge pour quelques nuits, avoir un repas chaud à servir à leur famille. Des toxicomanes ou des gens aux prises avec des troubles mentaux viennent s’allonger sur les lits de la HUTTE. Une clientèle hétérogène dont les travailleurs sociaux essaient de briser la prédisposition à l’isolement, «premier pas vers l’itinérance», ont-ils répété.
«Cette année, c’est plus de 500 personnes que la HUTTE a accueillies», explique la directrice de l’établissement. «Et pas seulement des jeunes, ajoute-t-elle, des gens qui sont à la recherche d’un toit, parfois des familles en entier.» Cette réalité souvent tue, est pourtant bien réelle et a donné le slogan de la soirée à ses organisateurs Personne n’est à l’abri.
Travailleurs sociaux recherchés
Éric St-Jean, bénévole au Café de rue Solidaire de Terrebonne et ancien itinérant toxicomane, a poussé un véritable cri du cœur. «On a absolument besoin de nouveaux travailleurs de rue, que ce soit des intervenants payés ou des bénévoles. Il en manque beaucoup trop». «Ça leur (les itinérants) prend du monde qui puisse les comprendre. Ne pas les juger, leur montrer qui a autre chose que la voie dans laquelle ils sont en train de s’enfoncer», ajoute-t-il. Les 15 intervenants qui travaillent à la HUTTE en savent quelque chose. Ouvert 365 jours par année, avec six nouveaux lits d’installés, un peu de renfort ne ferait pas de mal assure la directrice du centre d’hébergement, Mme Dionne.
C’est donc autour de quelques braseros, un cierge à la main et un tissu de couverture épinglé à leurs manteaux, les symboles de la lutte contre l’itinérance dans cette soirée, que les citoyens et sans-abri solidaires ont voulu sensibiliser la population à leurs problèmes trop souvent masqués par la façade d’une communauté aisée.
Le milieu communautaire y est donc allé de revendications tangibles. «Les organismes qui luttent contre l’itinérance ont besoin d’argent. On veut une reconnaissance financière, une enveloppe budgétaire destinée spécifiquement à l’itinérance!» s’est exclamée une travailleuse sociale. Les combattants de l’exclusion sociale espèrent que leurs paroles trouvent leur chemin jusqu’aux oreilles politiques, les députés de Masson et de Terrebonne, Guillaume Tremblay et Mathieu Traversy, n’étant pas encore arrivés au moment de ce discours.
Carole Brousseau
Commentaire mis en ligne le 23 novembre 2009Je suis touché par ce que vous faites mais j'aurais une question. Prenez-vous des itinérants borderline? et si non pouvez vous me conseiller sur l'aide qu'elle pourrais avoir et ou?
merci beaucoup