Cinq fausses idées sur les allergies alimentaires
(NDLR) Afin d'informer nos lecteurs sur un fléau qui touche de plus en plus de jeunes enfants, nous reproduisons ici un texte rédigé par Marie-Josée Bettez, avocate, conférencière et auteure de deux ouvrages sur les allergies alimentaires.
Véritable fléau des temps modernes, les allergies alimentaires affectent plus de
300 000 Québécois. Conséquence : on en parle plus. Mais en parle-t-on mieux?
Avant la naissance de mon fils, j’ignorais tout des allergies alimentaires. Personne, dans mon entourage, n’en souffrait et le sujet n’était vraiment pas à la mode.
Mon premier contact avec cette réalité remonte au début de la vingtaine. Le fils d’un collègue, gravement allergique à l’arachide, avait déjà subi plusieurs réactions. «La prochaine pourrait être fatale», m’avait confié son père. J’avais été très impressionnée par son commentaire et m’étais demandé comment on pouvait arriver à supporter un tel stress.
Et puis, mon petit bonhomme est né. Il n’avait que quelques mois lorsque les premiers symptômes d’allergies se sont manifestés. Des tests ont rapidement confirmé qu’il était allergique à une trentaine d’aliments. Du jour au lendemain, mon conjoint et moi avons dû bannir de notre cuisine les produits laitiers, les œufs, les arachides, les noix, le poisson, les crustacés, les mollusques, la moutarde, les kiwis (pour ne nommer que ces aliments). Il nous a également fallu apprendre à décoder les étiquettes des produits alimentaires, prendre mille et une précautions pour éviter la contamination des repas, mettre au point un plan d’urgence en cas de réaction, réorganiser notre vie sociale (sorties au restaurant, fêtes, etc.), sensibiliser notre entourage et, par-dessus tout, apprendre à
vivre avec cette épée de Damoclès.
Il n’est pas exagéré de dire que les allergies alimentaires ont eu, sur notre vie, l’effet d’un tsunami.
Une hausse difficile à expliquer
Nous sommes de plus en plus nombreux à devoir composer avec des allergies alimentaires. Classées au 4e rang des problèmes de santé publique par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), celles-ci se sont en effet multipliées au cours des dernières années. Les enfants en sont les premières victimes : jusqu’à 8% des petits de moins de 3 ans en sont atteints. Au Québec, toutes générations confondues, c’est maintenant plus de
300 000 personnes qui sont allergiques à un ou à plusieurs aliments.
Plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer cette augmentation des cas, qu’on
constate un peu partout dans le monde. La théorie «hygiéniste» est celle qui fait actuellement le plus d’adeptes parmi les allergologues. Selon celle-ci, les mesures d’hygiène présentes dans les pays industrialisés priveraient le jeune enfant du contact avec des micro-organismes favorisant la maturation de son système immunitaire. Notre milieu de vie aseptisé contribuerait ainsi à l’augmentation des maladies allergiques, de l’asthme et de l’eczéma.). Il n’est cependant pas certain que cette théorie puisse à elle seule tout expliquer et plusieurs spécialistes croient qu’une combinaison de facteurs est probablement responsable de la prolifération des allergies.
Mythes et réalités
Comme tous les handicaps invisibles, les allergies exposent régulièrement ceux et celles qui en souffrent à l'incompréhension et au jugement désapprobateur de l’entourage. En fait, pour un très grand nombre de personnes aux prises avec des allergies alimentaires, il n’y a pas de plus grand stress que celui lié aux batailles incessantes qu’il leur faut mener auprès des membres de la famille, des amis, des intervenants scolaires ou du service de garde, pour ne nommer que ceux-là.
Certains mythes ont la vie dure… et nous font la vie dure! En voici cinq :
1:Les personnes soi-disant allergiques sont en fait des personnes capricieuses
Les allergies alimentaires sont liées à un dérèglement du système immunitaire. Le diagnostic d’allergie est établi suite à des tests effectués en milieu hospitalier. On est loin du caprice!
2:Les allergies alimentaires sont ennuyeuses mais pas bien graves
Le contact avec l’allergène (le plus souvent, suite à son ingestion) peut déclencher toute une série de symptômes affectant les systèmes cutané, digestif, respiratoire et cardiovasculaire. Certains de ces symptômes sont graves et peuvent même entraîner la mort.
3:L’allergie à l’arachide doit être prise au sérieux, mais les allergies aux autres aliments n’ont rien d’inquiétant.
Statistiquement parlant, il est vrai que l’arachide est l’allergène alimentaire qui fait le plus de victimes. Il ne s’agit cependant pas du seul aliment susceptible de provoquer des réactions allergiques graves. Des réactions anaphylactiques ont notamment été rapportées par suite de l’exposition à des protéines de noix, d’œufs, de lait, de poisson, de crustacés, de mollusques, de soya, de graine de sésame, de moutarde, de kiwi et d’ail. Et cette liste est loin d’être exhaustive!
4:«Un tout petit peu… cela ne peut pas lui faire de mal»
L’ingestion d’une infime quantité de l’allergène peut suffire à causer une réaction allergique grave. Ainsi, mon fils a eu sa pire réaction après avoir consommé un petit morceau de chocolat censé être « 100% noir » mais qui contenait en fait des traces d’aliments auxquels il est allergique (lait, oeuf et arachide). Chez les personnes les plus sensibles, la réaction peut même survenir à la suite d’un simple contact cutané ou de l’inhalation de protéines en suspension dans l’air.
5:Les parents d’enfants allergiques sont hyper protecteurs
Être parent d’un enfant souffrant d’une allergie alimentaire est très exigeant. La marge d’erreur est faible et la vigilance doit être constante. C’est une lourde responsabilité à laquelle on ne peut pas se dérober. La santé et la vie de l’enfant en dépendent.
Doit-on s’inquiéter de l’augmentation des cas d’allergies alimentaires? Bien sûr. Mais on doit surtout reconnaître que cette pathologie est devenue un problème de santé publique qu'on ne peut plus nier et un défi que notre société, dans son ensemble, se doit de relever.
Pour demeurer en santé (voire en vie), les personnes allergiques doivent pouvoir compter sur l’appui et la bonne volonté de l’ensemble de la communauté (famille, école, restaurants, etc.).
Quelques ressources
Livres
- BETTEZ, Marie-Josée et THÉROUX, Éric, Déjouer les allergies alimentaires, recettes et trouvailles, Montréal, Les Éditions Québec Amérique, 2002, 336 p.
- BETTEZ, Marie-Josée, Desserts et autres gourmandises sucrées sans œuf, lait, arachide et noix, Montréal, Les Éditions Québec Amérique, 2006, 179 p.