«Notre arrivée au Québec a sauvé la vie de notre fils»
- Nicole Richaudeau
Pour Nicole Richaudeau, partie de France pour venir rejoindre son époux et s'établir au Québec, avec son jeune fils Frank en février 1970, leur arrivée chez nous a littéralement sauvé la vie de son fils.
Quelque temps à peine après qu'elle se soit installée au Québec, son fils, encore bébé, a fait beaucoup de fièvre. La gardienne l'a immédiatement amené à l'hôpital Sainte-Justine. «Nous étions au mois de mai. Notre fils était né avec une malformation à la tête. Trois médecins l'ont vu en France et tous ont fait une erreur de diagnostic. On nous avait dit que cette malformation à la tête se dissiperait d'elle-même. Or, à Sainte-Justine, les médecins ont décelé une trigonocephalie (suture métopique qui s'est soudée prématurement). Il devait être opéré d'urgence. Or, comme nous étions arrivés que depuis peu, nous n'avions pas encore sa carte d'assurance-maladie.» Le couple a dû payer l'opération, soit un montant de 3 000 $. «Nous avons payé cette opération à un rythme de 10 $ par semaine. Mon mari en gagnait 65 $ hebdomadairement», de dire Mme Richaudeau. Aujourd'hui âgé de 39 ans, Frank se porte à merveille. Ayant connu une jeunesse très active, il a décroché deux médailles d'or aux Jeux du Québec. «Maintenant que je suis à mon tour grand-mère, je dois dire que mon seul regret face à ma vie au Québec est d'avoir privé mes enfants de leurs grands-parents, même si ma mère venait nous rendre visite à tous les deux ans», avoue-t-elle.
Septième d'une famille de huit enfants, Nicole Richaudeau est la seule qui est partie vivre à l'étranger.
De ses premières heures en terre québécoise, notre interlocutrice se souvient des toits plats de Montréal qu'elle voyait du haut de l'avion. Elle se souvient de son premier printemps, après l'hiver, un vrai. Elle apprécie encore, même après tant d'années, chacun d'entre eux et est toujours fascinée de voir les jonquilles percer le restant de neige pour pousser, de voir la végétation se réveiller si vite, de passer de bourgeons à feuilles souvent en une semaine seulement.
Liberté
«Même dans les années 1970, j'ai grandement apprécié la liberté d'esprit des femmes qui commençaient à peine à s'émanciper. Ici, on peut s'habiller comme on veut. En France, les femmes peuvent se promener les seins nus sur la plage mais, encore aujourd'hui, il est très mal vu qu'elles se promènent en bikini dans la cour arrière de leur maison ou qu'elles sortent en short.»
Même si la libération commençait ici, un pays tout neuf par rapport à la France, j'ai été très surprise de voir comment la religion avait encore une si grande emprise sur les gens, contrairement à mon pays natal. J'ai revu ici les étapes de l'émancipation des Françaises. Déjà en France, avant mon départ, nous, les femmes, travaillions.
Franc-parler
Le moins que l'on puisse dire, c'est que Nicole Richaudeau a son franc-parler; elle «n'a pas la langue dans sa poche». «Un jour, je suivais deux Françaises qui devaient être en visite au Québec. Je les ai entendues dire : Que les Québécois parlent mal. Ça a été plus fort que moi. Je leur ai dit : Les Québécois ne parlent pas mal. Ils ont leur façon de parler à eux. Et allez donc voir dans le dictionnaire car les mots qu'ils emploient sont souvent de vieux mots de la langue française qui existent vraiment. C'est à cause de commentaires comme les vôtres que les Québécois nous traitent de maudits Français».
Celle qui a eu son deuxième enfant, sa fille Marie-Dominique, en 1972, est déménagée avec sa petite famille à Laval, puis à Bois-des-Filion pour finalement se retrouver à Terrebonne, ville qu'elle a vu grandir. Aujourd'hui, elle et son mari sont encore très impliqués dans leur communauté. «Nous faisons du bénévolat depuis plusieurs années. Nous voulons ainsi redonner ce qu'on a reçu pour nos enfants.» Alors que son époux Bernard vient de remporter quatre prix dans le cadre du concours de photographie à Terrebonne, Nicole continue de s'impliquer, entre autres, dans le Cercle des Fermières où elle donne des cours de broderie norvégienne. Travailleuse autonome, la couturière aux doigts de fée vient de restaurer une chape de curé en gardant la partie en bon état du tissu qui date de 1871.
Souvenirs
Malgré les divers moments moins heureux de sa vie, Mme Richaudeau a toujours cultivé une joie de vivre : «Quand ça va mal, je regarde ce qui est pire que ce que je vis. Vous savez, on n'a qu'une vie à vivre. Il faut profiter de tout ce qui passe et ainsi, se fabriquer de beaux souvenirs. Moi je suis rendue à l'âge des souvenirs et j'en ai de très beaux !»