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L’Everest à canot

par Mélanie Adam
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Article mis en ligne le 28 juillet 2009 à 8:17
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L’Everest à canot
(Photo : Yves Ranger)
L’Everest à canot
Dimanche marquait l’arrivée du groupe de voyageurs dans le village de Tasiujaq, sur la baie d’Ungava, destination ultime de leur périple de 24 jours. Fatigué, mais fier, Pierre-Marc Ducasse, originaire de Lachenaie, y reconnaît, justement, le sentiment du devoir accompli.
«L'été, il est dans le Grand Nord», a déclaré le benjamin du groupe, deux jours avant de poser les pieds à Montréal. «Ici, nous profitons de la sixième journée de beau soleil de plomb et sans nuages », blague-t-il, connaissant les méandres de Dame Nature dans les autres régions du Québec.

Le grésillement constant sur la ligne et les paroles saccadées de notre interlocuteur, via son téléphone satellitaire, rappelle les 4 400 km qui séparent Montréal de la baie d’Ungava. Pourtant, au terme de cette mission auquel il a participé, cet aventurier de 25 ans avait un message clair à livrer : «Nous avons réussi».

Pour Pierre-Marc Ducasse, pagayer sur la rivière du Grand Nord représentait un défi inspirant. «Nous voulions profiter de la visibilité médiatique de ce voyage pour faire un parallèle entre les difficultés que nous avons surmontées et celles vécues par les familles d’autistes, la raison d’être de notre expédition», souligne-t-il.

Contrairement au site de la rivière George, lieu de leur première expédition en 2005, celui de la rivière aux Feuilles est quasi inaccessible, tout comme la nourriture, en plein cœur de la végétation arctique. Il y a même des restrictions pour la pêche. De plus, sur les 320 km à parcourir en canot, la dernière étape comporte des risques. En effet, l’estuaire de la rivière aux Feuilles possède les plus fortes marées du monde, soit plus de 18 mètres. À marée haute, les voyageurs n’avaient que deux heures pour franchir l’embouchure de la rivière vers la baie d’Ungava. «La rivière aux Feuilles pour les canoteurs, c’est comme l’Everest pour les grimpeurs», exprime l’aventurier.

Le beau temps et l’absence de vent leur ont facilité la tâche, non sans efforts, par contre. «Nous avons tout fait à bras, ajoute-t-il. Et surtout, sans demander de l’aide».
Travail d’équipe
Étudiant à la maîtrise en histoire à l’UQÀM, professeur suppléant à l’école secondaire Le Prélude, à Terrebonne, Pierre-Marc Ducasse se passionne également pour la pêche et le canot. Côté personnalité, ses partenaires de voyage le décrivent comme celui qui «possède un humour à éloigner les mouches noires et un répertoire de chansons (Mariano, Dassin, Distel) à éloigner tous ceux qui restent». Dans un des récits quotidiens livrés sur le site Web www.pagayerpourlautisme.ca, l’historien mérite même le surnom de «Pierre-Marc-ça-me-rappelle-quelque-chose-Ducasse».

Derrière ces pointes d’ironie, il existe une complicité qui relie tous les membres de l’équipage, un critère de départ, voire une nécessité pour réussir l’expédition, selon le Terrebonnien. «Il fallait que les caractères concordent, car nous allions être ensemble 24 heures sur 24», mentionne-t-il.

Le canoteur confie que, à la veille de son départ, la troupe craignait surtout les obstacles d’ordre technique. «Avons-nous l’équipement nécessaire pour se nourrir pendant les 64 repas ? Allons-nous manquer de bois sec ? Est-ce que la pluie et le vent affecteront le travail des hydravions au point de gruger du temps sur notre horaire ? Tout le déploiement de la logistique nous importait, plus que la traversée de la rivière, sachant que nous sommes tous des canoteurs d’expérience», témoigne-t-il.

Quand est-il de cette histoire d’ours qui, deux jours consécutifs, accourait tout droit vers leur campement à la recherche de nourriture ? «Elle fait partie de nos anecdotes. Mais, en définitive, ce que l’on retient, c’est que personne n’a été malade, personne n’est tombé à l’eau, personne n’a été blessé», constate-t-il.

En résumant leur aventure, Pierre-Marc Ducasse considère que leur plus grand triomphe, outre celui d’avoir surmonté les embûches techniques, aura été de maintenir l’harmonie au sein du groupe. «Dans toute l’expédition, il n’y a eu aucune chicane, personne n’a fait à sa tête, toutes les décisions visaient la sécurité de tous. Nunavik 2009 est le résultat d’un travail d’équipe», exprime-t-il. Même l’âge des participants importait peu. «Dans le bois, nous sommes tous sur le même pied d’égalité», ajoute-t-il.

Le corps éreinté, mais l’esprit soulagé, le Terrebonnien et ses compères reprendront la vie qu’ils avaient laissée derrière eux, pendant 24 jours. «Une expédition comme celle-là, ça remet les pendules à l’heure. On repart à neuf !», atteste l’aventurier. À quand la prochaine traversée ? «Pas avant quatre ou cinq ans !».

PHOTO :

(Photo : Yves Ranger)

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