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La guerre franco-iroquoise – 2e partie

Article mis en ligne le 4 décembre 2008 à 15:29
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La guerre franco-iroquoise – 2e partie
Lors de la dernière chronique, nous avons vue que les tensions entre les Français et les Iroquois ont donné lieu à l’aménagement d’un petit fort à Lachenaie, puis nous avons pu assisté au massacre que les Iroquois ont perpétré, en 1689, sur les terres lachenoises.
Le bilan du massacre demeure néanmoins très lourd. Le 25 novembre 1689, le curé Buisson procède à une cérémonie de funérailles collectives dans une fosse où on avait enterré, pendant son absence, plusieurs victimes du massacre de Lachenaie.
La «vie» chez les prisonniers iroquois
Un document nous fait part du témoignage d’Hilaire Girardy dans lequel il souligne que François Ethier fut brûlé au nord de l’île de Montréal.

« Les sauvages Iroquois firent une irruption, dans la seigneurie de la Chesnaye et lieux circonvoisins, d’où ils tuèrent et firent prisonniers plusieurs personnes, l’un et l’autre sexes et tous âges, qu’il a parfaite connaissance que parmi ce nombre était François Ethier habitant dudit lieu de la Chesnaye et Jeanne Pilet sa femme avec une petite fille âgée d’environ deux ans que lui qui déclare fut aussi pris et emmené avec la mère qui fut brûlée par lesdits Iroquois, et que ledit Ethier fut brûlé huit jours après avoir été pris au nord de l’île de Montréal, à la grande terre (Lachenaie), après quoi lesdits Iroquois étant campés près du long sault, lesdits Iroquois un matin environ huit ou dix jours après la mort dudit Ethier, ladite Pilet tenant sa petite fille en ses bras, un de ses Iroquois lui arracha la prit par les pieds et lui cassa la tête d’un casse-tête et, toute remuante encore, la jetèrent dans un grand feu ou elle fut consommée après quoi, le lendemain, ils continuèrent leur route jusqu’au village de Onontahé ou ils amenèrent ladite Pilet. »

Les prisonniers partagés entre les Agniers et les Tsonnontouans qui ont participé à l’incursion serviront plus tard de monnaie d’échange. Ainsi, le 9 mars 1690, Gagnioton, ambassadeur des Iroquois, vient à Montréal pour parler de paix avec le gouverneur Frontenac. Dans ces discussions, l’Iroquois mentionne :

« J’avais huit prisonniers par ma part dans l’affaire de la Chenaye; j’en ai mangé quatre, et les quatre autres ont eu la vie. Vous avez été plus cruel que moi, ayant tué douze Tronntouanans à coups de fusil; vous avez manqué les trois autres qui restèrent en vie, sans les donner à pas un; vous eussiez pu la donner à un ou deux, c’est pour cela que j’en ai mangé quatre des vôtres et en ai conservé quatre autres pour vous faire voir que vous êtes plus cruels que moi. Je ne sais pas ce que les Onneyoust (sic), avec qui j’étais allé en guerre auront fait des Français captifs qui leur sont échus en partage ».

Parmi les prisonniers, quelques enfants sont adoptés par des familles iroquoises. En somme, 33 habitants, soit un peu plus du tiers de la population, périssent dans le massacre de 1689. Plusieurs habitants qui réussirent à échapper aux Iroquois se réfugient dans la région de Québec.
Les batailles de 1690, 1691 et 1692
Le même scénario se reproduit le 2 juillet 1690, cette fois au « fort de la Coulée » au bout de l’île de Montréal (côté sud du pont Charles-De Gaulle, boul. Gouin), sur la rivière des Prairies. Les registres nous mentionnent que les Iroquois y tuèrent et capturèrent plusieurs personnes. Le jour même, les Onneiouts brûlent une douzaine d’habitants capturés lors de cette bataille, derrière le « fort de La Chesnaye » et ce, sous le regard impuissant des habitants de Lachenaie!

En mai 1691, ils attaquent de nouveau à Lachenaie. Les 140 guerriers iroquois, 40 femmes et 20 enfants, sous la gouverne du Chef Chaudière Noire, viennent y reproduire le même scénario, brûlant les granges et maisons, et saccageant les cultures. Cette fois, les Français gardent cinq hommes et 13 femmes comme prisonniers. Le 11 août suivant, les Iroquois, alliés à 266 Anglais venus d’Albany, s’acharnent sur La Prairie. L’année 1691 s’inscrit comme un véritable désastre pour la colonie française. Comble de malchance, c’est une année où la nourriture se fait rare.

Enfin, en juillet 1692, le Chef Chaudière Noire prend revanche sur Lachenaie. Il réussit à capturer neuf Français et trois sauvages alliés. Ces derniers seront libérés par Monsieur de Vaudreuil et une armée de 500 hommes. Plusieurs colons périssent pendant ces quatre années sanglantes. La majorité de la population, vivant sous la protection constante des soldats, décline jusqu’à 32 personnes. Il ne reste plus que quatre maisons sur la côte de Lachenaie. Seules six familles persistent à cultiver la terre. En 1688, la production agricole se chiffrait à 548 arpents semés et un cheptel de 177 bêtes. En 1692, on ne retrouvait plus que 163 arpents semés et un cheptel de 77 bêtes. De quoi conclure que Lachenaie fut la paroisse la plus éprouvée de toute la Nouvelle-France!

La signature du traité de Ryswick, le 20 septembre 1697, établit (momentanément) la paix entre la France et l’Angleterre. Ce traité influence les Iroquois à faire de même avec les Français, car ils ne peuvent plus bénéficier des faveurs de New Yorkais en terme de support militaire. C’est ainsi que le 4 août 1701, fut signé la grande paix de Montréal, regroupant les chefs des cinq nations et les dirigeants de la Nouvelle-France.

En terminant cette chronique, nous rendons hommages aux victimes du massacre de Lachenaie de 1689. Les noms qui suivent sont ceux qui laissèrent leur vie afin que nous puissions, aujourd’hui, jouir pleinement des plaisirs de vivre dans la MRC Les Moulins et dans la vallée du Saint-Laurent.

Suzanne Bettefer, 55 ans

Angélique Cottineau, 5 mois

Louis Cottineau, 2 ans

Charles Desmarre, 68 ans

François Ethier, 36 ans

Marie-Françoise Ethier, 2 ans

Jacques Ethier, 6 mois

Léonard Ethier, 47 ans

Jean-Baptiste Fonteneau, 38 ans

Madeleine Fonteneau. 7 ans

Charles Garnier, 5 ans

Jeanne Garnier, 6 ans

Julien Garnier, 40 ans

Marguerite Garnier, 1 an

Michel Garnier, 4 ans

Pierre Garnier, 10 ans

Charles Hubou. 35 ans

Geneviève Hubou, 33 ans

Marie-Thérèse Hunault, 26 ans

Gilette Mignolet, 43 ans

Jean Muloin, 38 ans

Anne Minson, 12 ans

Jean Minson, 17 ans

Jean-Baptiste Minson, 12 ans

Marguerite Minson, 15 ans

Marie-Thérèse Minson, 10 ans

Nicolas Minson, 53 ans

Bernard Sauvageau, 8 ans

Flavie Sauvageau, 5 ans

Marguerite Sauvageau, 8 ans

Marie-Thérèse Sauvageau, 7 ans

René Sauvageau, 67 ans

*Jean Mison et Marie-Thérèse Hunault furent tués avant l’attaque du 13 novembre 1689.



Note : Les citations en italique sont des extraits de documents d’archives dont nous avons uniquement « modernisé » l’orthographe des mots.

Sources :

Martel, Claude (1994), Lachenaie : Du fort à la ville. Ville de Lachenaie, 48 p.

Nadon, Mario (1983). Le premier demi-siècle de Lachenaie, Thèse de maîtrise, Université de Montréal, 131 p.

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