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La guerre franco-iroquoise - 1ère partie

Article mis en ligne le 20 novembre 2008 à 17:33
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La guerre franco-iroquoise - 1ère partie
Les récits des années 1670 nous révèlent de fréquents accrochages entre Amérindiens et coureurs des bois, le commerce des fourrures en étant la principale cause.
La Nouvelle-France dispose de peu de soldats, la plupart étant retournés en France après le traité de paix de 1667, d’autres étant devenus colons. Il n’y a pas non plus de milice organisée dans la colonie. Le gouverneur craignant donc pour la sécurité du pays, obtient en 1683, un premier contingent de 150 soldats des troupes de la marine; 1600 autres viendront s’ajouter jusqu’en 1688. La menace iroquoise devient omniprésente!

En 1684, les tribus iroquoises de l’ouest (les cinq nations : Agniers, Onneiouts, Onontagués, Goyogouins, Tsonnontouans) reprennent le sentier de la guerre. Des expéditions françaises s’organisent afin de dissuader les Iroquois. Les Français auront plusieurs surprises : les expéditions militaires de De La Barre en 1684, et de Denonville en 1687, vont échouer. Seul Denonville réussit à s’emparer par traîtrise de 36 chefs iroquois, qu’il enverra aux galères dès leur arrivée en France, ce qui ne contribua en rien au processus d’harmonisation entre les autorités iroquoises et françaises.
Le fort de Lachenaie
C’est dans ce contexte de crainte que les autorités de la Nouvelle-France entreprennent, dès 1684, de fortifier les principales habitations de Lachenaie, c’est-à-dire le manoir seigneurial et ses dépendances. On installe également un petit canon dans le fort afin d’avertir les habitants en cas de danger par l’approche de l’ennemi. Il faut dès lors préciser que Lachenaie est un poste de traite stratégique, situé en profondeur des terres, et se trouvant sur la principale voie de commerce des Amérindiens, entre le fleuve et les « pays d’en haut ». De par son isolement relatif, Lachenaie était une cible facile pour les incursions amérindiennes.

Bien qu’il n’existe pas de plan précis du fort de Lachenaie, nous pouvons, à partir de certains documents, en faire une bonne description. « Ces forts n’étaient que de grands enclos fermés de palissades avec quelques redoutes : l’église (chapelle) et la maison du seigneur (manoir) y étaient enfermées, et il y avait encore assez d’espace, pour y retirer, en cas de besoin les femmes, les enfants et les bestiaux ». A-t-on construit à Lachenaie des bâtiments pour les militaires? Nous n’en avons aucun indice. Quoi qu'il en soit, une compagnie du régiment Carignan-Salière est cantonnée à Lachenaie, du moins, assurément de la fin de 1689 à 1701. D’ailleurs, on y entretient le fort par des gardes, nuit et jour, afin d’avertir les habitants ou pour demander du secours au besoin.

Dès le début des conflits, le gouverneur et l’intendant ordonnent vainement aux habitants de ne pas s’éloigner seuls de leur habitation et, surtout, de ne pas le faire sans armes. Certains l’apprennent à leurs dépens! Deux cas : le 9 octobre 1687, on inhumait le corps de Pierre Fournier (habitant de l’île Jésus), tué par les Iroquois. Le 17 août 1689, on inhumait cette fois Marie-Thérèse Hunault, l’épouse de Guillaume Leclerc, tuée cruellement dans sa grange par des Iroquois.
Batailles de 1689 et massacre de Lachenaie
Le 19 mai 1689, la France et l’Angleterre se déclarent la guerre. Toutefois, la nouvelle arrive d’abord dans les colonies anglaises (Nouvelle-Angleterre) où l’on put s’organiser à l’avance, notamment en incitant les Iroquois à se venger des Français. Les autorités de New York allèrent même jusqu’à fournir des armes aux Iroquois, lesquels habitaient ce qui constitue aujourd’hui le nord de l’État de New York. C’est ainsi que les Iroquois mettent le cap sur la région de Montréal et attaquent, dans la nuit du 4 au 5 août 1689, les habitants de Lachine. Le bilan est lourd : 24 morts, 42 disparus, une cinquantaine de maisons brûlées, mais surtout, un réseau de communication orale, rempli de récits de terreur qui donna la frousse à toute la colonie. Cette tragédie s’amplifie à Lachenaie à la suite de l’affaire Marie-Thérèse Hunault, le 17 août. Dès lors, la population lachenoise se réfugie dans le fort.

L’automne venu, les habitants profitent d’une période d’accalmie pour retourner sur leurs terres. Comme la neige tombe tôt, ils ne craignent pas de subir une nouvelle attaque. Cependant, le 13 novembre 1689, environ 150 Iroquois profitent d’une nuit d’épaisse poudrerie pour faire irruption à Lachenaie et surprendre les habitants dans leur sommeil.

Une lettre, écrite par le gouverneur Frontenac quelques jours plus tard, nous informe que les Iroquois ont brûlé et saccagé toutes les habitations jusqu’auprès du fort, et tué tous les habitants, sauf deux, qui ont réussi à se sauver. Le gouverneur enchaîne sur la nécessité d’obtenir des renforts militaires pour « réprimer la fierté et la hardiesse de ces maudits sauvages ». Frontenac ordonne à ses soldats de poursuivre les attaquants, mais les résultats sont rarement satisfaisants. Il offre même des primes, dix écus pour un scalp (eh oui, les Français aussi avaient recours au scalp!) et vingt pour les prisonniers Anglais! Les troupes françaises se rendront jusqu’au Massachusetts pour châtier l’ennemi.

Frontenac exagère l’ampleur des événements; il avait fait de même dans son rapport sur le massacre de Lachine. Malgré tout, la situation est alarmante et Frontenac use de cette stratégie pour influencer les autorités royales à envoyer plus de soldats en Nouvelle-France.

Toutefois, des documents nous permettent d’y voir plus clair dans les événements du « massacre de La Chesnaye ». Selon les récits d’un soldat qui était sur les lieux, voici ce qui s’est passé lors de cette terrible nuit :

« Il y avait une femme veuve (Marguerite Forget, veuve de Jean Muloin), de qui le marie avait été tué l’année précédente, à qui un vieux garçon de son voisinage fut rendre visite (François Le Masson). Comme il voulait se rendre chez lui, la femme le pria de rester avec elle, lui disant que la peur l’avait saisie. Le garçon fort complaisant, qui ne marchait point sans son fusil et un petit chien, lorsque la nuit fut avancée, le petit chien fit grand bruit. Le garçon sortit dehors qui vit toutes les habitations en feu, fit lever la femme qui avait aussi un fusil et se mit en sentinelle au coin de la maison. Il n’y fut point longtemps sans voir des ennemis qui faisaient l’approche de la maison, lorsqu’ils furent à la portée, tira dessus et donna son fusil à la femme pour le charger et tira son deuxième avec le fusil de la femme. Les ennemis tirèrent sur lui et ne le touchèrent point. Le jour étant venu, les ennemis se retirèrent, l’habitant et la femme s’embarquèrent dans un canot et se rendirent au fort ».

La veuve Muloin demeurait à un peu moins de trois kilomètres en amont du fort. On constate d’ailleurs que la majorité des colons résidant loin du fort ont été tués par les Iroquois; de quoi émettre l’hypothèse que l’ennemi est arrivé par l’amont de la rivière des Mille-Îles, détruisant et pillant tout sur son passage!

Au cours de la prochaine chronique, nous verrons ce qu’il advient des prisonniers faits par les Iroquois et des batailles de 1690, 1691 et 1692.

Note : Les citations en italique sont des extraits de documents d’archives dont nous avons uniquement «modernisé» l’orthographe des mots.

Sources :

Martel, Claude (1994), Lachenaie : Du fort à la ville. Ville de Lachenaie, 48 p.

Nadon, Mario (1983). Le premier demi-siècle de Lachenaie, Thèse de maîtrise, Université de Montréal, 131 p.

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