Les premiers habitants
Chez les civilisations d’Europe et d’Asie, l’art de l’écriture a cours depuis plusieurs milliers d’années. Les historiens et anthropologues peuvent donc recourir à de vieux documents d’archives qui permettent la reconstitution partielle de l’histoire de ces pays.
En Amérique du Nord, la situation est différente, les peuples amérindiens ne maîtrisant pas l’écriture. Ainsi, pour connaître l’histoire des Autochtones l’on doit essentiellement avoir recours à des fouilles archéologiques.
À ce chapitre, la MRC Les Moulins a fait l’objet de peu de fouilles, si bien que nos connaissances sur la préhistoire de la région sont bien minces. Pour les besoins de l’exercice, nous allons étendre nos connaissances à celles de la grande région de Montréal.
Avec l’apport de conditions bioclimatiques tempérées, notre territoire est habitable depuis un peu plus de 6 000 ans. Toutefois, à partir des fouilles et analyses effectuées dans divers sites archéologiques, notamment ceux de la Pointe-du-Buisson et du Lac des Deux Montagnes, l’on découvre que la région serait habitée depuis un peu plus de 5 000 ans.
Ces premiers habitants issus de la période archaïque sont désignés sous le nom «d’Archaïques Laurentiens». Dans son ouvrage sur le Québec, le géographe-historien Serge Courville relate bien les traits culturels connus des Laurentiens : «La culture laurentienne a occupé le sud du Québec pendant plus de 4 000 ans, poussant apparemment son influence jusque dans le nord-ouest québécois. Les fouilles archéologiques indiquent que les Laurentiens étaient grands, qu’ils étaient parfois victimes de fractures accidentelles et qu’ils souffraient d’arthrite. Ils vivaient de chasse, de pêche et de cueillette, mais leur alimentation, surtout à base de viande, provoquait des maladies des gencives et la chute des dents. On sait peu de choses de leurs habitations, dont les structures précaires ont disparu avec le temps. Par contre, à en juger par les outils et les ornements trouvés dans leurs tombes, il semble qu’ils croyaient à l’au-delà et qu’ils entretenaient des rapports commerciaux avec des régions aussi éloignées que l’est et le nord du Québec (pour le silex), la côte de l’Atlantique (pour les perles de coquillage), la région des Grands Lacs (pour le cuivre natif), le Mississippi (pour le plomb sulfuré et la galène) et même le golfe du Mexique (pour les conques)».
La culture iroquoienne
Il y a un peu plus de 2 000 ans, le mode de vie des premières nations se transforme progressivement avec l’apparition de la poterie et le développement de l’horticulture. Une nouvelle période culturelle s’installe, soit celle du Sylvicole. Les Laurentiens se sont progressivement divisés en deux groupes culturels distincts, les « Pointes-péninsules », au sud, contribueront à la formation de la culture iroquoienne, alors qu’au nord, les « Laurelliens » donneront naissance à la culture algonquienne ou algique.
Le plus ancien site archéologique connu de la MRC Les Moulins date du Sylvicole moyen. Des fouilles archéologiques effectuées en 1987 dans le Domaine seigneurial de Mascouche, en bordure de la rivière, nous ont permis de découvrir des ossements et des fragments de poterie qui nous permettent d’affirmer que ce site renfermait un campement amérindien il y a 900 à 1 000 ans.
Contrairement aux amérindiens nomades qui vivent au nord (Laurentides), ceux de notre territoire établiront, entre 500 et 1 300 ans (après Jésus-Christ), une économie et un mode de vie semi-sédentaire basé sur la chasse, la cueillette et sur l’agriculture.
C’est aux femmes que reviennent la responsabilité de cultiver le maïs, la courge, les haricots et le tournesol. Pour leur part, les hommes s’occupaient de la culture du tabac et de la fabrication des pipes. Les femmes voient aux affaires du village, à la culture des champs, à la cueillette des petits fruits, alors que les hommes voient à la chasse, la pêche et aux commerces avec les autres nations voisines. La société est de type matriarcal, par conséquent, les femmes assument les principales décisions entourant l’organisation du village et des maisons longues qu’ils habitent en clan maternel. Pour leur part, les hommes voient aux « affaires extérieures ».
La sédentarisation des Iroquoiens a eu pour effet d’accroître considérablement leur nombre. Les gros villages, comme celui que Jacques Cartier découvre en 1535, sur le mont Royal, compte jusqu’à 1000 et même 2000 habitants. Ces villages sont constitués de plusieurs maisons longues (jusqu’à une quarantaine), pouvant atteindre de 18 à 40 mètres de long. Chaque maison longue abrite la parenté du côté maternel (clan), ou chaque famille entretient son feu, dans l’allée centrale. Les lits superposés sont situés sur les deux côtés de la maison, le long de l’allée centrale (à aire ouverte), les effets de la famille se trouvent sous le lit ou suspendus dans les airs. La vie est donc… très communautaire.
Une ou plusieurs palissades ceinturent le village et en assurent ainsi la sécurité. À partir de l’an 1400, les villages iroquois s’éloignent sensiblement des cours d’eau pour s’établir sur les petites terrasses, par exemple, celle de la rue Saint-Louis dans le Vieux-Terrebonne. On enterre maintenant les morts à l’intérieur du village, et même sous les maisons longues. Les squelettes portent des traces de carie dentaire et d’arthrite. Les sépultures indiquent également un fort taux de mortalité infantile.
Il y a-t-il eu dans la MRC Les Moulins, de gros villages iroquoiens entourés de palissades? Où étaient-ils? Seule une série de fouilles archéologiques nous permettraient de répondre à ces questions. Pour le moment, l’on peut prétendre seulement qu’ils ont probablement existé, à un certain moment donné!
Notre prochaine chronique nous amènera à l’époque des grands explorateurs français. Nous verrons la présence des premiers hommes blancs, et ce qu’il advient des peuples amérindiens qui habitent les régions environnantes.
Source :
Courville Serge (2000), Le Québec – Genèses et mutations du territoire, Presses de l’Université Laval.
Ethnoscop (1987), Évaluation patrimoniale du Domaine de Mascouche.