Pascale Rodrigue (Photo : Yves Ranger)
Parce que vivre dans la rue n’est pas un choix
Théoriquement, le Café de rue Solidaire de Terrebonne offre un milieu de vie ouvert, un service d’écoute, de référence, de dépannage alimentaire et hygiénique. Pratiquement, l’organisme accueille de jeunes adultes qui tentent souvent de fuir, par différents moyens, une réalité qu’ils n’ont pas choisie.
Situé au cœur du Vieux-Terrebonne, le Café de rue Solidaire siège dans une maison dont les murs et le plafond sont tapissés de fresques aux couleurs vives, remplies de messages significatifs et provocateurs. Une longue table est positionnée tout près de la cuisine où une chaudronnée de soupes repas mijote chaque jour. Dans une pièce adjacente au salon, des centaines de photographies ornent les murs. Plusieurs fois par semaine, la maisonnée fourmille d’individus distincts qui ont le cœur à la fête. Toutefois, n’entre pas qui veut.
Ouvert en 2004, le Café de rue Solidaire est un lieu de rencontres destiné à une clientèle adulte, de 16 à 30 ans. En plus de sa mission préventive, l’organisme a pour objectif de contrer l'isolement, une des premières dispositions à l'itinérance. Celle-ci se caractérise par une pauvreté extrême, l'absence de domicile fixe ainsi que le manque de soutien social. «Certains de nos membres vivent temporairement chez des amis, d'autres vivent des problèmes familiaux importants, certains ont subi une perte d'emploi. La toxicomanie joue aussi un rôle dans le phénomène de l'itinérance», renseigne Pascale Rodrigue, coordonatrice au Café de rue Solidaire.
En plus de laveuse-sécheuse, shampoing, savon, crème à raser, brosses à dents et bâtons antisudorifiques, des préservatifs sont à la disposition des utilisateurs du Café de rue. Une fois par mois, une infirmière est disponible sur place pour des vaccinations gratuites contre les hépatites, test de dépistage MTS et-SIDA, grossesse, conseils santé et interruption de grossesse. Deux intervenantes apportent également leur soutien chaque soir de la semaine. Il y a même une boîte pour les échanges de seringues installée tout près de la douche. «Le Café offre un milieu sécuritaire et non moralisateur aux membres C'est ce qu’on appelle la réduction des méfaits, une méthode d’accompagnement reconnue pour être plus efficace auprès des personnes qui ont déjà décroché de la société», explique Pascale Rodrigue.
D’ailleurs, celle-ci décrit les usagers du Café de rue Solidaire comme des êtres marginaux, revendicateurs, rebelles face à l'autorité, révoltés par les gouvernements et désabusés face à la société. D’ailleurs, ils ont rejeté ce mot de leur vocabulaire. «La seule règle qui existe dans le Café, c'est le respect : envers les autres, les intervenants et le mobilier. Sinon, nous sommes très tolérants et inclusifs : chacun a sa place», souligne la coordonatrice.
Certains y viennent pour naviguer sur l’Internet, «jammer» entre amis, tisser des liens. D'autres viennent y chercher des ressources en hébergement ou recevoir une écoute attentive. «Nous sommes un organisme de bout de ligne pour eux : nous n'avons pas avantage à porter de jugements. Au contraire, nous leur laissons le soin de se confier à nous. Parfois, nous nous permettons de les référer à des ressources compétentes, comme les travailleurs de rue, qui peuvent répondre à certains de leurs besoins», explique Pascale Rodrigue.
Solidaire dans sa mission
Paradoxalement, les adultes qui fréquentent le Café de rue Solidaire y ont développé un sentiment d'appartenance, une mini société, dégourdie, informée, dans laquelle règne un climat de confiance et d’entraide.
D’ailleurs, certains ont mis leur talent en commun et créé un journal interne, baptisé Rue-Mœurs. Publié tous les trois ou quatre mois, il renferme des textes informatifs provenant de différentes ressources, des articles d'actualités, ainsi que des témoignages et de la poésie rédigés par les membres. «Très populaire, le journal est une manière pour eux de s'exprimer, de se faire entendre. Pour nous, l'idéal serait de publier le journal tous les deux mois», explique Pascale Rodrigue.
Principalement aidé par le Secrétariat à la jeunesse, le Forum jeunesse Lanaudière et la CRÉ Lanaudière, le Café de rue reçoit également l’appui de plusieurs commerçants du quartier et autres dons. «Les subventions ne suffisent plus à couvrir toutes les dépenses annuelles reliées aux activités. Nous aimerions embaucher un troisième intervenant ainsi avoir un deuxième ordinateur, en plus des nombreux projets que nous devons mettre sur la glace, faute de sous et de personnel», mentionne-t-elle.
Ce samedi 3 mai, un souper-spectacle au profit du café de rue Solidaire de Terrebonne réunira plusieurs musiciens au bar Le Cheyenne, à Mascouche, dont Hugo Lapointe, O.TMC, membre de Dubmatique, ainsi que les groupes Umany et Rag Tala. En plus de considérer cette source de financement comme un cadeau du ciel, Pascale Rodrigue croit qu’elle apportera de la visibilité à l’organisme, la seule ressource de la région en matière d’itinérance.
D’ailleurs, elle précise que ce phénomène, tant chez les jeunes et que les adultes, n’est pas nouveau. «L’itinérance a toujours été présentes et il y en aura toujours. Si nous n’étions pas là, ces personnes n’auraient pas de place où aller», ajoute-t-elle.
Pour l’avoir déjà observé, elle croit toutefois qu’il y a toujours espoir que le vent tourne pour certaines d’entre elles. «Elles représentent la relève. Même si leur vie actuelle est difficile, si elles en semblent troublées, elles ont toutes quelque chose à apporter à la société. Le problème, c’est qu’ils ne savent pas toujours comment. Ce n’est pas tout le monde qui a la chance d’avoir une belle vie», rappelle-t-elle.
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