La genèse du territoire
Pour cette première chronique, nous allons remonter très loin dans le temps et observer la formation des couches rocheuses de notre territoire. L’étude de cette science qui s’intéresse à la formation de la planète s’appelle la géologie.
La Terre serait vieille de 4,6 milliards d’années; elle est alors entièrement couverte d’eau. Quelques milliards d’années plus tard, la vie apparaît sous forme de micro-organismes. Puis, il y a un peu plus d’un milliard d’années, se forme les Laurentides; la plus vieille structure rocheuse au monde. Les Laurentides ont alors l’apparence d’une grande chaîne de montagnes, comparable aux Rocheuses. Il ne reste aujourd’hui que la base de ces montagnes, l’érosion ayant tout fait disparaître.
Faisons un saut dans le temps, soit il y a 625 millions d’années. À cette époque, tous les continents de la planète se trouvent «collés» les uns sur les autres au niveau du pôle Sud.
Continents à la dérive
Au fil de plusieurs millions d’années, s’amorce le phénomène de la «dérive des continents», si bien que notre continent se déplace progressivement vers le nord de la planète. Ce phénomène de «dérive» est encore présent, de sorte que l’Amérique du Nord (à l’origine la Laurentia) s’éloigne toujours de l’Europe.
La période géologique qui nous intéresse le plus se nomme l’Ordovicien et couvre la période entre 500 et 438 millions d’années. Elle nous intéresse plus particulièrement, car les roches qui composent le sous-sol de la MRC Les Moulins se font formées au cours de cette période géologique.
Pendant celle-ci, notre continent se trouve dans l’hémisphère sud, près de l’équateur, soit à la hauteur actuelle du nord du Brésil. Le climat est tropical et l’océan Lapétus envahit progressivement cette partie du continent qui, formera plus tard les Basses-Terres-du-Saint-Laurent. On retrouve donc une mer tropicale, chaude, peu profonde et bien limpide, formant un bassin excessivement propice à la vie. Celle-ci se résume à quelques variétés d’algues, de mollusques, de coquillages et de gros « insectes aquatiques ». Les poissons et les plantes apparaîtront quelques millions d’années plus tard. Cela se passe bien avant les dinosaures.
Ainsi, lorsque ces organismes meurent, ils se déposent au fond de l’océan. Pendant ce temps, à la surface, le climat et les agents atmosphériques provoquent l’érosion des roches. Les sédiments qui s’en détachent sont entraînés par le vent et le ruissellement des eaux. Les particules plus petites et légères, telles les argiles, peuvent faire un long parcours avant de terminer leur course au fond de la mer et se mélanger aux débris des organismes vivants.
Arrive alors le processus de diagenèse qui transforme ces accumulations de sédiments en roches sédimentaires. En effet, le poids de ces multiples couches de sédiments accumulées provoque une compaction des sédiments au point où l’eau de mer s’éjecte entre les particules. Les substances chimiques de l’eau salée s’associent aux sédiments, si bien qu’ils se cristallisent et forment un « ciment ». Ce dernier se cimente au point de se former en une roche dure que l’on classifie de roche sédimentaire.
Lorsque la plaque continentale de la Laurentia se déplace, le contient « tangue », un peu comme le fait un bateau sur l’océan. Ainsi, selon ce mouvement, nos Basses-Terres se trouvaient inondé, puis exondé, puis de nouveau inondé et ainsi de suite. Si bien qu’à chacune des étapes où l’océan Lapétus recouvre la plate-forme des Basses-Terres, d’autres formations de dépôts marins sédimentaires se forment, contribuant à la formation de nouvelles couches sédimentaires. Selon les conditions climatiques et chimiques qui prévalent dans l’environnement, ces couches vont, au fil du temps, former des groupes distincts de roches sédimentaires. Ces roches ne sont donc pas toutes semblables; la nature de leur contenu en fossiles, la texture, la couleur, sont autant de détails qui nous permettent de les caractériser. Ainsi, les géologues les ont définis des groupes géologiques correspondant à ces séquences sédimentaires. Ils portent le nom du lieu où ils ont été décrits pour la première fois.
Au fil des périodes géologiques qui suivent, la structure terrestre est soumise à de nombreuses pressions, à des ruptures au niveau des failles, lesquels auront pour effet de soulever et de faire légèrement basculer les couches sédimentaires des Basses-Terres du Saint-Laurent. C'est pourquoi les couches les plus anciennes se trouvent visibles près des Laurentides (aussi désigné de socle précambrien), alors que les couches les plus récentes se trouvent en bordure du fleuve Saint-Laurent.
ST:À l'échelle moulinoise
Voyons maintenant à l’échelle de la MRC Les Moulins, la répartition géographique de ces différents groupes géologiques. Les plus anciennes formations se trouvent au nord-ouest de la MRC, alors que les plus récentes sont à l’est de Lachenaie.
Le Groupe de Chazy couvre l’extrémité ouest de Terrebonne et l’extrémité nord de La Plaine. Le roc n’est pas visible car des dépôts sableux les recouvrent. Ce groupe apparaît il y a environ 465 millions d’années, lors d’une nouvelle et importante avancée marine. On y retrouve principalement des calcaires plus ou moins argileux. D’ailleurs, les calcaires sont en fait des carbonates de calcium (calcite, craie, marbre) issus de la décomposition de centaines de mètres de coquilles accumulées dans les fonds marins.
Le Groupe de Black River est adjacent à celui de Chazy sur une bande d’environ un kilomètre de large. Il se retrouve sous la partie nord de la montée Gagnon à Terrebonne et au nord de La Plaine. On ne peut apercevoir ce groupe car des dépôts meubles s’y trouvent au-dessus. Ses caractéristiques sont presque identiques à celles du Groupe de Trenton.
Le Groupe de Trenton est le plus important de notre territoire, mais également de la vallée du Saint-Laurent. Il couvre le reste de Terrebonne, de La Plaine et la partie « haute » de Mascouche. Au niveau de la rivière des Mille-Îles, on peut facilement observer la stratification des couches de calcaires qui composent ce groupe.
Dans le Groupe de Trenton, la rivière des Mille-Îles a un parcours sinueux, intercalé d’îles; l’eau coule à « fleur de roc » ce qui permet de bien observer les couches rocheuses. La pointe de l’île Saint-Jean et le parc au sud du terminus d’autobus sont des sites d’observations intéressants. Avec un bon sens d’observation et un peu de perspicacité, vous y trouverez une multitude de fossiles qui nous permettent de voir le type de vie qui se trouvait sur la planète, il y a 450 millions d’années.
D’ailleurs, le Groupe de Trenton présente dans la région métropolitaine plus de 150 espèces de fossiles; seriez-vous en mesure de les distinguer? Il y a les trilobites (gros insectes aquatiques), lesquels sont particulièrement « attrayants ». On retrouve aussi des gastropodes (ex. : escargots), des brachiopodes (coquillages), des céphalopodes (gros mollusque capable de nager), des conulaires (structure en pyramide à base carrée), etc.
Le calcaire qui se trouve à Terrebonne a la particularité d’être de couleur sombre, passablement fossilifère et résiste moins à l’érosion, ce qui explique la rareté relative de ses affleurements.
Un puits creusé il y a plusieurs décennies, face à l’Île Saint-Jean (près du pont de la 25), permet d’évaluer la profondeur des différentes couches de roches sédimentaires. La description qui suit donne le nom du groupe et la profondeur (en pieds) à la base de ce groupe : Trenton (347), Black River (402), Chazy (820), Beekmantown (1862), Potsdam (2098), Précambrien (socle) ?
Ainsi, ce puits nous permet d’affirmer qu’en dessous de l’île Saint-Jean, on retrouve 2098 pieds (640 mètres) de roches sédimentaires, lesquels reposent sur le socle précambrien (roche des Laurentides).
On peut également observer la limite Est du Groupe, à la hauteur de la rue Charles-Aubert. À l’ouest de cette rue, on retrouve le Groupe d’Utica. La rivière des Mille-Îles présente un long corridor fluvial, les couches rocheuses sont maintenant à 100 pieds au-dessous de la rivière.
Le Groupe d’Utica couvre le centre de Lachenaie et la partie « basse » de Mascouche. La roche n’est pas visible puisqu’elle est recouverte d’une importante couche d’argiles marines. Au moment de la formation de ce groupe, la mer est profonde, la nature de cette roche est surtout composée de sédiments et de boues marines, ce qui explique que ce groupe est plutôt composé de shales. Il s’agit d’une roche à grains très fins et qui est beaucoup plus friable que les calcaires de Trenton.
Un puits creusé près de l’ancienne gare de Mascouche nous permet d’évaluer la profondeur des différentes couches de roches sédimentaires à cet endroit. La description qui suit donne le nom du groupe et la profondeur (en pieds) à la base de ce groupe : Dépôts meubles (80), Utica (150), Trenton (833), Black River (903), Chazy (1108), Beekmantown (1872), Potsdam (3328), Précambrien (3531)
En comparant la profondeur des deux puits, on comprend mieux la «cassure» géologique qui se produit entre le Groupe de Trenton et celui d’Utica. Cette «cassure» se transpose également dans le relief et, de façon plus globale, dans le paysage terrestre des deux groupes.
À l’est de Lachenaie, on retrouve le Groupe de Lorraine. Il comporte également des shales, mais ils se distinguent par leur couleur grise. On ne peut voir ces roches dans notre secteur.
Avec la fin de l’ère Paléozoïque disparaît la dernière période des roches sédimentaires. Peu après, l’océan Lapétus se retire au point de disparaître complètement vers 250 millions d’années. La disparition de cette mer donne naissance à une importante chaîne de montagnes au sud de la région, les Appalaches. La mise en place de ces montagnes provoque de nombreuses pressions qui auront pour effet de disloquer les groupes le long des failles, provoquant des modifications du relief dans notre région.
La seconde partie de l’ère Paléozoïque voit l’implantation des poissons, puis des plantes terrestres, des premiers insectes ailés ainsi que des reptiles. Vient ensuite, vers 240 millions d’années, l’ère Mésozoïque, marquée principalement par l’apparition des dinosaures, des premiers oiseaux et des plantes à fleurs. Enfin, à l’ère Cénozoïque (65 millions d’années), on assiste à la diversification des mammifères, à l’implantation des premiers grands singes, puis du genre humain vers 1,6 million d’années.
Bref, avec cette première chronique vous observerez maintenant les roches avec un œil nouveau, possiblement à la recherche de fossiles. Notre prochaine chronique traitera de la période du Quaternaire. On y verra comment le relief de la région s’est mis en place après les glaciations et le retrait de la mer de Champlain.
Sources :
CLARK, T.H. (1972). Rapport géologique 152 – Région de Montréal, ministère des Richesses naturelles du Québec,244 p.
COULOMBE, Guylaine (1995). Carte et Guide Géotouristique de Lanaudière, Le Citoyen Éditeur, 48 p.
HOCQ, Michel (1994). Géologie du Québec, Les Publications du Québec, 154 p.