«L’ambiance est propice pour qu’on s’éclate : l’accueil ici est extraordinaire, les lieux extérieurs et le théâtre magnifiques, à proximité de Montréal pour les artistes qui joueront quatre soirs pas semaine», de dire Benoît Brière. (Photo : Yves Ranger)
Jouer, bien sûr, mais aussi créer
Le besoin viscéral de Benoît Brière sera comblé
Le jeu…Il suffit de prononcer ce mot de trois lettres pour faire briller de passion les yeux de Benoît Brière. Jeu théâtral certes mais aussi la création qui est un besoin vital, viscéral, du propre aveu de celui qui se lance dans sa première mise en scène solo professionnelle au Théâtre du Vieux-Terrebonne avec Silence en coulisses!, présentée tout au long de l’été. Avec son habituelle générosité, l’artiste livre ses états d’âme, entre la première répétition et le lancement de la pièce au TVT.
Comme metteur en scène, Benoît Brière veut d’abord être au service de l'œuvre et être rassembleur. Pour avoir côtoyé les grands, il fait observer que les meilleurs sont ceux qui réussissent à créer une équipe homogène. «On a beau, par exemple, être en présence de deux excellents acteurs, s’ils ne s’aiment pas, ça ne passera pas sur scène», de dire celui pour qui il est important que tout se fasse dans le plaisir. Selon les propos de Benoît Brière et après avoir constaté l’esprit qui régnait au sein de l’équipe lors du lancement de la pièce, présentée du 11 juin au 6 septembre du mercredi au samedi, il est fort à parier que le plaisir sera de la partie. «L’ambiance est propice pour qu’on s’éclate : l’accueil ici est extraordinaire, les lieux extérieurs et le théâtre magnifiques, à proximité de Montréal pour les artistes qui joueront quatre soirs pas semaine».
Bien qu’il ait une idée générale de la couleur qu'il donnera à sa mise en scène, il laissera de la place à la création spontanée au fil des répétitions. Il entend, certes, tenir les guides de la ligne directrice de la pièce. D'ailleurs, pour avoir un portrait global de la pièce, l’acteur qui sommeille en lui en permanence a interprété à sa façon chacun des neuf personnages. Mais, il sera à l'écoute des acteurs, de leur créativité. «Je veux aussi laisser la responsabilité de chaque rôle à chaque acteur. Il ou elle a sa version de son rôle, j’ai la mienne. Commencera alors le jeu d’échange de ces visions qui est nécessaire pour que le personnage devienne pluridimensionnel». Benoît Brière se dit plus à l’aise que nerveux de faire cette mise en scène, du fait qu’il est plus expérimenté. «J'ai acquis une certaine expérience comme directeur artistique au TVT, ce qui me permet de m'attaquer à une seconde année avec plus de liberté», de dire celui qui a renoué avec la mise en scène dans le cadre de productions biannuelles d'opéras présentées par des étudiants de l'Université de Montréal. L'exercice consistait à améliorer le jeu sur scène, une lacune chez ces chanteurs et chanteuses à voix.
«À cause de ces expériences, je sais davantage ce que je veux. Ainsi, je sens que j'ai moins à l'imposer. Je vais suggérer et cela va être le bon choix. Je pense que je n’ai pas à avoir toutes les réponses. Mais je dois avoir toutes les questions». Benoît Brière croit qu'il pourra puiser une nouvelle assurance personnelle dans cette aventure.
On se souviendra qu’en plus d’agir à titre de directeur artistique et de participer à la mise en scène, Benoît Brière tenait magistralement le rôle principal dans Ténor recherché et qu’il a charmé pas moins de 35 000 spectateurs à Terrebonne, l’été dernier. Non, Benoit Brière ne jouera pas dans la pièce cet été, par épuisement. «Ça me manque déjà de ne pas jouer dans la pièce, surtout qu’il y a deux ou trois rôles, même des féminins, qui me tentaient beaucoup. Et ça me démangera tout l’été», confie-t-il. «Ce qui me console, c’est que Ténor recherché aura une 2e vie dès septembre avec une tournée de pas moins de 44 représentations. Je commencerai les répétitions en août».
Incontournable
Il y a des chemins qui sont incontournables, et celui de la mise en scène est de ceux de Benoît Brière. «Il s’agit d’un cheminement naturel pour moi. Il a toujours été évident que je ferais de la mise en scène un jour, même si je suis incapable d’arrêter d’être acteur. Mais je ne pensais pas que ce serait maintenant», de dire celui qui insiste pour préciser «faire de la mise en scène» et non pas «être metteur en scène». Ce sentiment indéfectible, il l’a surtout ressenti à sa sortie de l’École nationale de théâtre. En 1991, son besoin de création l’a amené à travailler avec Stéphane Jacques (qui joue dans Silence en coulisses) alors qu’ils ont conçu et produit Nez à Nez, une expérience inoubliable qui a permis à Benoît Brière de se frotter à la mise en scène. Puis, s’est amorcée sa carrière d’acteur. «J’ai été chanceux. Je suis embarqué sur un radeau, le courant a été extrêmement fort et je n’ai jamais eu à ramer ; dix années exceptionnelles. Au bout de dix ans, le courant a ralenti et j’ai abouti sur un quai quelconque. Je me suis alors demandé : Est-ce que ce que je fais répond à ce que je voulais faire à ma sortie de l’École nationale ? La réponse a été : Il faut que je revienne à la création. La route vers la mise en scène s'est tracée à travers les publicités de Bell, puis par l'opéra, et aujourd'hui à Terrebonne.
<@CSi> :- «Je n’ai pas à avoir toutes les réponses. Mais je dois avoir toutes les questions»
<@Ci>: - Benoît Brière