Le vendredi 11 avril dernier, Louis-Gilles Francoeur, publiait un article déstabilisant dans les pages du journal Le Devoir. Son article traitait des activités de la Ville de Terrebonne en terme de protection de l’environnement et notamment des milieux humides.
M’étant moi-même voué corps et âme à ce dossier au sein du Comité Environnement les Moulins (CEM) et bien avant, je ne pouvais passer sous silence mes impressions quant au dossier de la protection des milieux humides de Terrebonne.
L’histoire des Tourbières de Terrebonne (Terres de la Défense Nationale) est probablement l’une des plus frappantes. En effet, plus de 15 000 ans avant l’arrivée des Européens en Amérique, Terrebonne était recouverte par un énorme glacier qui se mit à fondre laissant place à une immense étendue d’eau, la mer de Champlain. Cet énorme lac salé allait donner naissance au fleuve St-Laurent et à ses basses terres. À Terrebonne, la mer de Champlain nous laissa un trésor, une vaste étendue d’argile dont les propriétés imperméables allaient donner naissance au cours des dix derniers millénaires à ce que nous appelons aujourd’hui les Tourbières de Terrebonne.
Ces tourbières qui se sont formées au rythme de moins d’un millimètre par an pendant cent siècles nous ont rendu d’innombrables services depuis la construction de notre ville mais également bien avant. Elles ont permis de nettoyer l’air que nous respirons pour l’équivalent de la pollution annuelle générée par plus d’un million d’automobiles. Elles ont entretenu sur notre territoire une quantité plus qu’impressionnante d’espèces animales et végétales dont certaines sont aujourd’hui en péril au Québec. Elles ont permis la purification de l’eau de nos deux rivières depuis les premiers instants de leur existence. Elles ont calmé la furie de la rivière des Mille-Îles tous les printemps en ralentissant l’arrivée de l’eau issue de la fonte de neige vers ce cours d’eau instable.
Pour toutes ces raisons nous sommes redevables à nos milieux humides. Mais protéger ces écosystèmes relève bien plus de la logique que de l’altruisme. Si nous laissons disparaître nos terres humides nous seront sans aucun doute ceux qui en paieront le prix le plus cher. Actuellement, la Ville de Terrebonne souhaite développer un immense parc industriel à l’endroit où se trouvent ces terres humides. Bien sûr il est légitime et souhaitable qu’une ville se développe sur le plan économique… mais aurions-nous choisi le mauvais terrain ?
Lors d’une de mes recherches sur les terres humides je suis tombé sur une brillante étude réalisée par un groupe d’éminents scientifiques américains. Ceux-ci ont relevé le défi de calculer la valeur économique des services rendus par les écosystèmes à la population. Saviez-vous que depuis votre arrivée à Terrebonne ces écosystèmes ignorés par la majorité de la population vous rendent des services équivalents à plus de 11 millions de dollars par année ? Saviez-vous également qu’ils sont aussi efficaces pour retenir les inondations qu’un lac dont la superficie serait égale à plus de 2300 terrains de football ? Certainement, nos tourbières sont un paradis pour de nombreuses grenouilles mais elles sont également une source de sécurité, de confort et de prospérité pour chacun des citoyens et chacune des citoyennes de la région.
J’invite fortement les Terrebonniens à prendre un instant pour réfléchir à ce qu’ils souhaitent pour l’avenir de leur ville et des enfants qu’ils y élèvent. La Ville de Terrebonne c’est près de 100 000 citoyens et citoyennes dont le devoir est de s’exprimer et des élus dont le devoir est de vous écouter. Le pire geste serait de ne rien faire.
Laurent Lévesque
Vice-président
Comité Environnement les Moulins
www.cemoulins.org