Umany… fait l’unanimité
Si de plus en plus d’artistes prennent la voix de l’engagement humanitaire, peu y arrivent avant une certaine maturité. L’exception confirme la règle, dit-on. Dans Lanaudière, cette exception porte le nom de Paul Sarreault, mieux connu sous le nom d’Umany.
C’est parce qu’il participe au Défi clip de TVRM que l’on parle de Paul Sarreault. Pourtant, il y a longtemps qu’on aurait dû entendre son nom. Un créateur inspiré, un auteur à la réflexion profonde comme il s’en fait peu.
Son âme humanitaire s’est réveillée tôt. À douze ans, il composait sa première chanson : « Enfants de ce monde ». Un texte qui surprend par la force de sa conscience. « Je pense à toi, enfants de ce monde, assis sur la paille, en creusant ta tombe…Pourquoi t’a-t-on choisi? Pourquoi toi et pas nous?...Je pense à moi, assis dans la pénombre, de l’or sur les doigts, suis-je le roi du monde?...Je sais pas quoi te dire pour justifier tout ça. Pour ton avenir, il n’y en aura pas…Je construis mon empire en te volant ton sort. »
À 22 ans, Paul constatait cette détresse humaine de ses propres yeux. Une année passée au Vénézuela à voir les enfants dans la rue l’a transformé. « J’ai connu ce que c’était que d’avoir soif », confie Paul, se remémorant ce séjour en équipe où les ressources n’ont pas tardé à manquer. « Dans les pays pauvres, les gens n’ont rien et te donnent tout, réalise le chanteur. Ici, les gens ont tout et ne donnent rien. »
Umany
À son retour, il a fondé son groupe Umany, un nom évocateur et révélateur de ses préoccupations. C’était en 2000. Umany réunit deux autres artistes en plus de lui-même : le guitariste Francis Duchesne et Myëlle, qui ajoute sa voix à titre de choriste. Ensemble, ils parlent du sort du monde, de leurs inquiétudes, de l’urgence d’agir. Terrebonne est leur port d’attache. Ils s’y produisent régulièrement. Lundi dernier, ils étaient sur scène à La Ripaille, à Repentigny, avec deux autres groupes, le temps de partager un beau moment de musique entre amis.
En attendant la sortie d’un premier album, en juin. Un album que produira Francis lui-même. Pas question d’attendre une maison de disque. Et tant pis s’il faut y investir un peu de sa fortune. Avec les moyens de diffusion existants, le groupe espère se faire entendre. Et tant mieux si on les copie. « Ils peuvent bien la copier ma toune, fait remarquer Francis, le guitariste, l’arrangeur que ses amis qualifient de « génie musical ». L’important, c’est que le message passe. » « Ça va être un album qui sera assurément rock, intense, avec un son de guitares grinçantes », précise le musicien. « Quand tu veux brasser la cage aux jeunes, il faut que ça fesse », ajoute Paul, qui espère un peu que la production du vidéoclip promise en prime par le concours de TVRM lui assure une «exposure». « Je souhaite avoir assez de visibilité pour changer les choses », lance Paul qui tient à faire sa part pour préserver l’humanité, tout comme Lennon, Bono, Bill Gates.
« On veut s’engager en terme de conscience collective. On ne veut pas dénoncer, mais susciter l’éveil », fait savoir le chanteur qui vient tout juste de franchir le cap de la trentaine.
Pour Paul, l’engagement social ne se limite pas à son micro. Il parraine aussi l’organisme de Sylvain Fillion, TEAM, qui ramasse des denrées et des vêtements pour les enfants du Pérou.
« J’assume ce que les autres m’ont laissé en héritage. J’ai peur pour mes enfants, pour leur avenir. Je me sens responsable de ce que je vais leur léguer. L’innocence d’un enfant, ça me rappelle l’urgence d’agir. Mais parfois, j’ai du mal à garder la foi », avoue le chanteur, également papa de deux jeunes enfants.
Âme de poète
Se décrivant lui-même comme un éternel insatisfait, l’artiste se reconnaît dans cette époque caractérisée par le malaise intérieur. « Le mal de l’âme, c’est un grand fléau », constate Paul, qui avoue écrire ses plus belles chansons en état de peine d’amour. Lorsqu’on peut ainsi extraire la beauté du malheur, l’âme du poète n’est jamais bien loin. Son prolifique répertoire le prouve. À 30 ans, il a signé pas moins d’une cinquantaine de textes. Pas tous sous l’effet de la peine, assurément. Probablement motivé par une profonde sensibilité. Des chansons qu’il compose dans sa tête bien plus que sur papier, comme ça, en marchant. Son nom commence à circuler. L’an dernier, Jacques Graveline lui a commandé six chansons pour le premier album de sa jeune protégée de Repentigny, Gabriane. C’était la première fois qu’il composait sur commande. Il a apprécié l’expérience.
En attendant de voir les portes s’ouvrir devant lui, Paul Sarreault poursuit son chemin, conscient qu’il peut faire quelque chose. Il pense un peu comme Daniel Bélanger : « La fin de l’homme ne sera pas la fin du monde ».
Son plus grand espoir, il le porte tatoué sur son bras : « Heaven will save me ». C’est ainsi qu’il lance le flambeau à son fils Heaven. « Mon fils, c’est ma raison de vivre. »
Paul Sarreault et Francis Duchesne, le cœur d’Umany. (Photo:Gérard Legault)
« Dans les pays pauvres, les gens n’ont rien et te donnent tout. Ici, les gens ont tout et ne donnent rien. »
Paul Sarreault