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Logements sociaux à La Plaine : Je suis sous le choc !

Logements sociaux à La Plaine : Je suis sous le choc !

Logements sociaux à La Plaine : Je suis sous le choc !

Publié le Février 24 2010
Publié le Mai 26 2010
Sujets :
Ville de Terrebonne , Salon) , Le Trait , La Plaine , Nicaragua , Amérique centrale

Je reviens tout juste d’un voyage sac au dos au Nicaragua. Deux amis m’ont accompagnée pour ce périple car j’ai un handicap moteur très lourd et ai besoin de quelqu’un pour tous mes besoins physiques : transferts, habillage, toilette, déplacements, soins corporels, etc. En deux semaines, nous avons sillonné cette terre de l’Amérique centrale, du Nord au Sud, en bateau, en autobus, en taxi et dans une boîte de «pick-up». Malgré la très grande pauvreté de ce pays, le choc culturel le plus fort, c’est en rentrant chez moi que je l’ai ressenti. Je fus confrontée à la réalité brutale du pays riche, trop riche, qui est le nôtre.

Je vous mets en contexte...

Depuis 2004, la Ville de Terrebonne travaille d'arrache-pied sur un projet d'habitations à prix modique où personnes âgées, mères monoparentales et personnes avec un handicap cohabiteraient ensemble. J'ai fait une demande pour habiter dans ces logements. L'année dernière, des citoyens du quartier, où on prévoyait la construction, se sont soulevés et fait entendre leur mécontentement devant une telle construction, qui compterait trois étages, près de chez eux en prétextant : augmentation de la circulation d'ambulances, privation de leur intimité (ils auraient été obligés de mettre des rideaux à leurs fenêtres pour éviter que les locataires du 3e étage ne voient leur salon), etc. La ville n'a eu d'autre choix que d'envisager le projet ailleurs, dans un quartier plus familial et en développement, à La Plaine. Mais voilà que là aussi les citoyens se soulèvent. «Certains craignent que l'évaluation de leur résidence diminue. D'autres s'inquiètent d'avoir comme nouveaux voisins des personnes à faible revenu. (...) La dame craint notamment que le projet de logements nuise à l'harmonie du décor. (...) Le maire Robitaille a fait remarquer que le fait que des gens vivent dans un HLM ne signifie pas qu'elles sont de mauvaises personnes.» Articles tirés du journal Le Trait d'Union du 24 janvier et du 13 février 2010.

Avant aujourd'hui, sans être en accord avec eux, j’arrivais à comprendre leurs craintes, mais aujourd'hui au lendemain de mon expérience dans le deuxième pays le plus pauvre de l’Amérique, je comprends que la richesse est «déshumanisante» !

J'ai vu des hommes et des femmes porter sur leurs têtes et leurs épaules des charges énormes, car ils n'avaient pas l'équipement nécessaire pour le transport des marchandises. J'ai vu des hommes et des femmes transporter de jeunes enfants sur la barre avant de leur vélo, car ils n'avaient pas d'autres moyens de transport. J'ai vu des taxis en très mauvais état, rouler quand même, car ce véhicule était le seul gagne-pain de son chauffeur. J'ai vu des maisons avec pour seul abri un toit de toile noir... sans mur... J'ai vu des hommes et des femmes être au marché en plein soleil de 7 h à 19 h, à 35oC. J'ai vu des centaines de chiens errants d'une telle maigreur qu'ils ne pouvaient plus se porter sur leurs pattes. J'ai vu des enfants passer toute la journée au marché avec leur mère qui avait un kiosque... Mais c’est là aussi que j’ai vu les sourires les plus sincères. J'ai vu la fierté d'un peuple debout solidaire et digne face à la misère. J'ai été chaleureusement accueillie pour aller aux toilettes chez des gens généreux alors qu'il m'a été difficile d'y aller dans un club privé aux États-Unis, car les toilettes étaient réservées aux membres... J'ai vu une femme ayant un enfant trisomique, devant faire plusieurs kilomètres à pied ou en autobus sur une route de sable et de pierres pour aller voir un spécialiste, me donner des bananes par pure générosité, même si elle avait besoin du peu qu’elle possède pour payer ce qui est nécessaire à son fils. J’ai vu une entreprise touristique québécoise me refuser l’accès à un transport, car je prenais trop de place avec mon fauteuil et que leurs clientèles pourraient se plaindre alors que pour tous les chauffeurs du transport public du Nicaragua, il n’y avait jamais de problème. Ils prenaient le temps de placer mon fauteuil sur le toit alors qu’on m’installait sur la banquette ; des passagers nicaraguayens me laissaient leur place. En deux semaines, plus de gens m'ont dit «Que Dios te bendiga», qu'on me l'a dit en un an ici. Ici on me dit que Dieu veut que je marche et que je manque de foi ; au Nicaragua on me dit que Dieu sait ce qu'il fait, car les gens malades sont là pour nous faire comprendre l’amour. Ici on dit que je vais faire diminuer la valeur des maisons et que je vais nuire à l'harmonie du décor... Ici, on me voudrait debout et riche, on me veut parfaite et sans faiblesse. Pourtant, même froissé et un peu déchiré, on considère qu’un 20 $ possède toujours la même valeur.

Aujourd'hui, je suis atterrée, sous le choc, de voir ma culture gangrénée par le capitalisme et le matérialisme au point d’être intolérante et égocentrique. Il est vrai que la richesse de mon pays me permet d'être encore en vie et d'avoir une grande autonomie grâce à tous mes équipements spécialisés, mais cette richesse rend le peuple aveugle et sourd à la compassion et à l’amour.

Aujourd'hui, je ne comprends pas et suis nauséeuse. Nous aimons nos aînés, voulons éduquer nos filles-mères, aider les personnes avec un handicap, MAIS AILLEURS QUE DANS NOTRE QUARTIER... Quel quartier voudra bien nous accueillir? Je ne vous souhaite aucun malheur, mais s’il vous arrivait de perdre votre travail ou si vous deviez souffrir d’un accident, j’espère de tout cœur que vous trouveriez des gens pour vous accueillir avec joie, compassion et amour dans leur communauté; quand vous serez âgé, là encore je voudrais qu’on ne vous rejette pas, car nous sommes tous des êtres humains de même valeur avec nos forces et nos fragilités.

Aujourd’hui je suis triste, mais j’espère encore que ces gens qui aujourd’hui me rejettent sauront ouvrir leur cœur et nous accepter comme nous sommes. Envers et contre tout, je veux garder ma foi en l’être humain, c’est ce qui m’a poussé aujourd’hui à prendre ma plume. Marie-Claude Lépine, Terrebonne

Pour voir toutes les photos du voyage de Marie-Claude Lépine et de ses amis, on visite le http://marieclaudesun.spaces.live.com/

Commentaires

  • Nom de l\'usager
    Diane Léveillé
    - 27 Mai 2010 à 09:08:31

    J'espère que tous les habitants de Terretonne ont pris le temps de lire cet article. C'est un beau cri du coeur qui devrait sensibiliser tous les coeurs. On plaint beaucoup les gens ayant un handicap, les pauvres mères célibataire et les gens âgés, mais quand il arrive une situation ou on pourrait vraiment les aider et avoir de la vrai compassion, là on ne pense qu'à nous; ou est la vrai compassion? C'est vrai que ce ne sont pas les riches qui donnent plus; ils font des dons monétaires pour réduire leurs impôts, ça ne vient pas déranger leur confort. J'espère que Marie-Claude Lépine obtiendra ce qu'elle veut avec cet article; c'est une combattante qui ne lâche pas. Ouvrez votre coeur et non seulement votre porte feuille.

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  • Nom de l\'usager
    Duguay Marise
    - 27 Mai 2010 à 09:08:25

    Marie-Claude, Je t'appuie dans ta démarche; je t'encourage d'aller plus loin dans ta démarche. C'est inadmissible en 2010.

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