Dans l’actuelle pénurie de médecins et d’infirmières au Québec, la super infirmière prend de plus en plus sa place et devient même indispensable. En novembre dernier, le Centre hospitalier Pierre-Le Gardeur accueillait sa première infirmière praticienne spécialisée (IPS).
«Nous sommes toutes de super infirmières. Ce qualificatif ne vaut pas que pour les IPS», proteste Ivone Agular Coelho.
Celle-ci a fait son entrée au Centre hospitalier Pierre-Le Gardeur (CHPL), il y a six mois, après avoir proposé ses services à la direction. Affectée au département de néphrologie, elle assure des soins infirmiers et médicaux aux personnes atteintes d’insuffisance rénale.
«Je suis la dixième au Québec à posséder cette spécialité», précise-t-elle. Quelque 14 ans après l’obtention d’un baccalauréat en sciences infirmières et une expérience clinique en soins infirmiers, elle a décidé de retourner sur les bancs d’école : après une maîtrise et un diplôme complémentaire en soins spécialisés (néphrologie), un stage de 900 heures, ainsi qu’une certification émise par le Collège des médecins et l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, l’infirmière praticienne spécialisée a bien mérité son titre.
Comme le stipule l’article 36.1 de la Loi sur les infirmières et les infirmiers, son expertise lui donne le droit d’exercer des activités médicales telles que la prescription des examens diagnostiques, des médicaments et autres substances, ainsi que des examens médicaux.
D’abord une infirmière, l’IPS dispense, selon une approche globale et synergique, des soins infirmiers et des soins médicaux répondant aux besoins complexes des patients et de leur famille, en tenant compte de leur expérience en matière de santé.
L’infirmière praticienne spécialisée consacre de 60 % à 75 % de son temps auprès de la clientèle en pratique clinique directe. Par contre, Ivone Aguiar Coelh se défend bien d’accomplir tout le travail seule. En fait, il y a toute une équipe qui gravite autour d’elle. L’IPS s’applique à diverses activités liées au soutien clinique aux infirmières et aux autres professionnels, à la formation et à la recherche. À titre de consultante ou d'éducatrice, elle partage des connaissances en soins infirmiers, facilite la résolution de problèmes, assure les mécanismes de liaison et de coordination entre les professionnels et les divers partenaires des services. De plus, elle contribue au renouvellement des pratiques et à l'amélioration de la qualité des soins et services.
«Par son expertise et son lien avec les autres professionnels, travailleurs sociaux, nutritionnistes, etc., l’IPS apporte un modèle de rôle pour le médecin et les autres infirmières. Elle permet de rehausser les connaissances de l’équipe. En fait, elle sert de pivot afin que toutes les ressources soient utilisées au meilleur de leur capacité», précise-t-elle.
Bien que son intention première, au moment de faire son choix de carrière, était de se diriger en médecine, l’infirmière praticienne spécialisée a choisi le meilleur des deux mondes.
«Le rôle d’infirmière me convenait davantage, son côté humain, la vision globale des interventions, le travail d’équipe. Comme IPS, je prends le temps d’accompagner le patient et de faire le suivi. C’est même mon devoir d’aller plus loin, d’aller au-delà de la seule approche médicale», explique Ivone Aguiar Coelho.
Il y a 122 membres de l’Association des infirmières praticiennes du Québec. Parmi celles-ci, 44 travaillent en cardiologie, deux en néonatologie, dix en néphrologie et 66 en soins de première ligne.
«Nous ne sommes pas des mini-médecins ou des médecins à rabais», ajoute Mme Coelho, soufflant les craintes de certains omnipraticiens à partager certaines tâches avec les infirmières praticiennes spécialisées. Néanmoins, il semble que la plupart d’entre eux aient compris que la complémentarité de leur rôle. «En fait, dans la région comme ailleurs, il y a un besoin à combler en termes de médecins et d’infirmières. L’intégration des IPS est une demande qui vient d’eux», mentionne la jeune femme.
Il n’y a que trois néphrologues couvrant la région de Lanaudière. Leur bureau principal étant à Joliette, ils effectuent leur tournée médicale, à tour de rôle, une fois par semaine, ou par téléphone, au besoin, au Centre hospitalier Pierre-Le Gardeur.
Accessible cinq jours par semaine, Ivone Aguiar Coelho a la possibilité, pour sa part, d’effectuer un suivi plus régulier des patients. D’ailleurs, elle apprécie la confiance qu’accordent les médecins dans cette pratique. «En néphrologie, les patients doivent effectuer 12 heures par semaine d’hémodialyse. Il y a un lien qui se crée, inévitablement. Je suis fière d’être là pour assurer la continuité des soins et accompagner les patients. Idéalement, il faudrait être deux ISP dans ce département, puisque la clientèle augmente de plus en plus, malheureusement», affirme-t-elle.
Actuellement, il y a entre 60 et 80 patients en néphrologie au CHPL, soit la limite justifiant l’ajout de personnel.
Cinq infirmières praticiennes spécialisées en soins de première ligne se grefferont à l’équipe du CSSS du Sud de Lanaudière d’ici l’an prochain.
Trois entreront en fonction en septembre 2010, et les deux autres, l’année suivante. «Il y a des travaux en cours afin de déterminer les lieux où ces IPS seront affectés en fonction des besoins de la population. Il peut s’agir de GMF, de CLSC ou de cliniques», mentionne Marilou Dionne, conseillère clinicienne en soins infirmiers, chargée de l’intégration des IPS au CSSS du Sud de Lanaudière.
Traitant toute clientèle ayant un état de santé stable, chronique ou avec un problème de santé courant, les infirmières praticiennes en soins de première ligne permettent, entre autres, de réduire les interventions dans les cliniques de sans rendez-vous. En ce sens, elles deviennent une référence pour les médecins omnipraticiens avec qui elles agissent en partenariat. «Ce changement de garde démontre l’ouverture médicale qui existe entre les gestionnaires et le milieu afin que les infirmières puissent effectuer un travail complémentaire», ajoute Mme Dionne.
Attendues à bras ouverts, ces infirmières praticiennes en soins de première ligne représentent le point de départ d’une plus grande accessibilité aux soins de santé dans la région.




