Mère de quatre enfants, la Terrebonnienne Nathalie Gratton n'a pas de doute sur la place des sages-femmes dans la société. En toute connaissance de cause, elle leur accorde aujourd’hui toute sa confiance. «Malheureusement, on parle davantage des accouchements qui ont mal tournés pratiqués par les sages-femmes que ceux qui ont eu lieu dans les hôpitaux. Pourtant, le rôle des sages-femmes dépasse le domaine médical : il a aussi un aspect humain très fort», affirme-t-elle.
Nathalie Gratton a vécu ses trois premiers accouchements à l'hôpital, de manière naturelle et sans complications. Dès le début de sa quatrième grossesse, elle apprenait que les dates potentielles de l’accouchement ne coïncidaient pas avec le calendrier de son médecin. Malgré la compétence de l’équipe médicale, la patiente cherchait une alternative. «Je ne voulais personne d'autre que lui», mentionne la maman.
Toutefois, à la suggestion d'une accompagnante à la naissance, elle a fait des démarches auprès d'une sage-femme. La disponibilité, l'écoute et l'humanisme de celle-ci pendant le suivi de sa grossesse ont profondément marqué la Terrebonnienne. «Malheureusement, comme la maison de naissance de Blainville etait encore en construction et qu'il n'y avait aucune maison de naissance dans Lanaudière, le choix de l’hôpital s’est imposé de lui-même pour l'accouchement», explique Nathalie Gratton.
Toutefois, la vie en a décidé autrement. «Les membranes ont rompu à la maison et, dans ce cas, la sage-femme doit obligatoirement se déplacer chez la patiente. J'en étais très heureuse, puisque je voulais vraiment vivre la naissance de mon quatrième et dernier enfant à domicile», raconte Nathalie Gratton.
Trois heures après l'arrivée de la sage-femme, la petite Shakti naissait, entourée des siens. «Mes filles de 7 ans et 9 ans étaient présentes à l'accouchement. Mon mari, mes parents et une amie accompagnante étaient également auprès de moi. Il y en a eu des larmes lorsque ma fille est née», confie la maman.
Quatre heures plus tard, les deux sages-femmes avaient quitté le domicile de Nathalie Gratton. «Il n’y avait plus aucune trace de l’accouchement dans la maison. Elles avaient tout ramassé, lavé, plié. Nous pouvions maintenant vivre nos premiers moments avec notre fille à la maison. Selon moi, les sages-femmes sont les gardiennes de l’intimité du couple».
Selon Nathalie Gratton, il n'y a aucune raison de craindre un accouchement à domicile. Outre la présence obligatoire de deux sages-femmes sur les lieux et leur formation médicale, l’aménagement de la chambre et les équipements disponibles sont organisés pour répondre à toutes les éventualités. «Ma commode était transformée en table de réanimation, des couvertures pour le bébé attendaient tout près du lit. Tout le monde chuchotait dans la chambre, pendant que mon mari et moi vivions cette naissance ensemble, sans se soucier de rien. La gestion des douleurs étaient ma seule préoccupation», souligne la maman.
Une carte routière indiquant l’itinéraire vers l'hôpital et les renseignements personnels de la mère étaient affichés près du téléphone, en cas d'urgence. Toutefois, ces derniers préparatifs n'ont pas servis, même si le bébé s’est présenté par le siège et avec le cordon ombilical enroulé autour du cou. «Comme le cœur du bébé était stable, la sage-femme savait qu'il n'y avait pas lieu de s’inquiéter. Tout s’est déroulé dans le calme, le respect et en pleine confiance des capacités naturelles de mon corps», souligne Nathalie Gratton.
Aujourd’hui âgée de 13 mois, Shakti est une enfant très facile, aux dires de sa mère. Nathalie Gratton croit que l’environnement dans lequel est née sa fille a fait toute la différence lors de la phase postnatale. «Contrairement aux trois naissances précédentes, je n’ai pas senti de période creuse dans les jours suivants. Selon moi, le contexte médical des hôpitaux rend le retour à la maison plus difficile par la suite», explique-t-elle.
Celle-ci sait que son choix de demeurer attachée au bébé par le cordon ombilical pendant 17 minutes après l’accouchement aurait été pratiquement impossible dans d’autres circonstances. «Selon moi, les médecins ne tiennent pas compte des capacités du corps. La médication, comme la péridurale, brise le processus naturel de la naissance. D’ailleurs, les femmes ne sont pas assez informées sur tous les impacts de leurs choix», mentionne Nathalie Gratton, également marraine d’allaitement pour Nourri-Source Lamater depuis neuf ans.
Pour faire écho à ses besoins et à ceux des autres femmes, Nathalie Gratton a suivi une formation d’accompagnante à la naissance pendant sa dernière grossesse afin d’apporter, à son tour, soutien, écoute et réconfort aux futures mères avant et pendant l’accouchement. Il y a près de dix accompagnantes à la naissance dans la région qui oeuvrent dans le privé ou par le biais d’organismes comme le Carrefour familial des Moulins et le Centre Renaissance.
«De plus en plus, je sens que les hôpitaux estiment la présence des accompagnantes. Ils reconnaissent leur travail, celui d’assister les familles dans le respect et dans leur intimité tout en leur donnant l’heure juste sur leurs choix et leurs décisions», affirme-t-elle.
Quant aux sages-femmes, Nathalie Gratton considère qu’elles n’occupent pas encore la place qu’il leur revient dans la société, puisque de toute évidence le nombre de finissantes au baccalauréat ne suffit pas à combler les besoins dans les maisons de naissance.
« Tout s’est déroulé dans le calme, le respect et en pleine confiance des capacités naturelles de mon corps» - - Nathalie Gratton




