Flora Marlow constate que les Québécois s’intéressent et apprécient les choses et les façons de faire autres que les leurs, mais qu’ils oublient leur propre culture. «En fait, je crois qu’ils ne la voient pas leur culture, ni leur histoire. J’aimerais les voir célébrer davantage à la fois leur culture propre et leur histoire».
Mère de quatre enfants, Flora Almeida, de son nom de jeune fille, fait observer que les jeunes Québécois de souche ne connaissent pas leur histoire : «Si vous ne valorisez pas votre histoire parmi vous, comment la valoriser auprès d’immigrants comme nous?», questionne-t-elle. Aux yeux de notre interlocutrice, le système d’éducation est principalement à blâmer à ce niveau.
Pour la Mascouchoise, il est important que les Québécois de souche disent aux immigrants qui vivent au Québec qu’ils doivent faire les choses comme elles se font ici. «J’aimerais qu’ils les voient comme un modèle. Vous savez, nous, nous les voyons ainsi. Nous nous souvenons de leur générosité alors qu’en 1847, des milliers d’Irlandais malades ont été accueillis par le Québec et qu’une multitude de Québécois sont morts en soignant ces étrangers, ayant contracté la maladie», ajoute celle dont l’époux est d’origine irlandaise.
Effectivement, en 1846-1847, les Irlandais ont été chassés de leur pays par la grande famine à la suite de la maladie de la pomme de terre. Le typhus a éclaté sur les bateaux insalubres et les immigrants ont trouvé la mort en grand nombre. Environ 7 000 sont morts durant la traversée de l’océan et 7 000 autres sont décédés après le débarquement.
Flora Marlow souhaite aussi que le gouvernement soit plus ferme en regard des demandes des immigrants vivant au Québec. «Les leaders gouvernementaux doivent leur dire clairement d’arrêter de faire de telles demandes. Ils ne doivent pas gouverner dans le but d’obtenir leurs votes», affirme-t-elle. Cette dernière espère que ces leaders fassent ce qu’il faut pour que les immigrants apprécient la culture québécoise et s’y intègrent. Elle rappelle au passage que les citoyens du Québec, quelle que soit leur origine, ont des droits mais aussi des devoirs.
Outre ses nombreuses implications bénévoles locales, Flora Marlow a été très active au sein de la communauté indienne vivant à Montréal. Sa détermination a fait que, pour une première fois, une femme a été élue à la présidence de l’Association nationale des Canadiens d’origine indienne, section Montréal. Dans le livre du 25e anniversaire de l’association, l’année où Flora Marlow a été présidente, on pouvait lire une phrase qui décrit les buts poursuivis : Ne pas perdre notre identité et notre culture, apprendre, s’adapter et respecter l’héritage canadien et les traditions aussi bien que de partager notre culture avec eux, ce qui résume très bien la vision de la Mascouchoise de nationalité indienne.
«Le conseil d’administration de cette association avait toujours été formé d’hommes» raconte-t-elle. Ses membres étaient nommés par acclamation, ce que je considérais comme une forme de dictature. Le temps venu d’élire ce conseil, en 2005, je me suis dit que j’aimais entre autres vivre ici à cause de la démocratie qui y règne. Alors, j’ai décidé de poser ma candidature. Les hommes de l’association n’avaient jamais vu une femme comme moi, qui parle autant que moi, lance-t-elle avec le sourire. Finalement, j’ai été élue», précise-t-elle.
Flora Marlow a été invitée sur plusieurs tribunes et a été très dynamique lors de son passage à la présidence de cette association. Femme de tête, leader et rassembleuse, elle a notamment organisé, en collaboration avec la Croix-Rouge, et à une semaine d’avis, un événement pour venir en aide aux victimes du tsunami qui a ravagé les côtes du Sud-Est de l’Asie en décembre 2004. «Nous avons réussi à rassembler 500 personnes et à amasser 23 317 $ en une seule journée», informe-t-elle. La présidente a aussi veillé à la prévention partout dans Montréal, a organisé plusieurs rencontres d’information destinées aux immigrants, en collaboration avec diverses instances gouvernementales, dont des cours pour connaître les démarches pour obtenir son statut québécois.
Flora Marlow a également suivi avec succès le cours s’adressant aux femmes qui désirent devenir politiciennes donné par l’École nationale d’administration publique. Mais pour l’instant, elle travaille comme agent immobilier et se consacre à sa petite famille, son premier devoir, estime-t-elle.
«Si vous ne valorisez pas votre histoire parmi vous, comment la valoriser auprès d’immigrants comme nous?» -




