«Après avoir élevé seule ma famille, les enfants ont toujours été plus importants que les hommes dans ma vie et j’ai été invitée de façon bien étrange à participer au destin de l’un de mes petits-fils qui, dès les premiers instants de son existence, en refusant le biberon, voulait dire au monde qu’il ne voulait pas se battre pour vivre.
Au fil des ans et parce que je gardais Julien, je suis devenue pour cet enfant, non seulement une mère, mais une grand-maman qu’il ne voulait partager avec personne. Aujourd’hui, je réalise que ma présence a été, jusqu’à maintenant, sa planche de salut.
Mon petit-fils a toujours été fragile. Dès ses premières années sur les bancs de l’école, un problème à ses yeux qui avait été découvert s’était résorbé, puis, à l’âge de 13 ans, il souffrait de migraine aiguë. Les élèves, en plus de lui jouer des tours, s’éloignaient de lui; pas moyen de se faire des amis. Il était toujours seul et se sentant repoussé et mis à l’écart, il a jeté son dévolu sur moi, je devrais plutôt dire qu’il s’est agglutiné à moi.
C’est alors qu’il était au secondaire que, ne trouvant pas la vie agréable, Julien est devenu de plus en plus dépressif, suicidaire, même. Mais moi, j’étais toujours là pour le supporter, l’encourager. Tel un ressort fatigué, il avait constamment besoin d’être remonté et parfois, même si je trouvais la tâche difficile, j’arrivais à placer les bons mots qui lui servaient de tremplin pour lui donner un nouvel élan. De bonne heure le matin, avant qu’il prenne le chemin de l’école, je l’emmenais déjeuner au resto et tous les deux, nous avions d’enrichissants échanges; il repartait un peu plus enthousiaste pour affronter la journée. Quand il avait de la peine, c’est toujours vers moi qu’il se tournait pour chercher du réconfort, à un point tel que sa mère me disait : «Je me demande ce qui arriverait si sa grand-mère n’était plus là» et j’avais ordre de survivre, malgré mes nombreux malaises, une opération au cœur et une santé plutôt précaire.
Pour être plus près de mon cher petit-fils, et pour le sécuriser davantage, j’ai fait du bénévolat pendant cinq ans à son école pour monter des pièces de théâtre pour les élèves et confectionner des costumes.
Un jour que nous étions au resto, j’ai vu une dame qui était attablée et semblait malheureuse; j’ai dit à mon petit-fils, si on l’invitait à manger avec nous… Mais, on ne la connaît pas, avait-il répondu. Puis, avec son consentement, cette femme est venue nous rejoindre et elle nous a remerciés pour le bien que nous lui avions fait en lui permettant de partager avec nous sa peine au sujet de son fils qui s’était pendu.
Ma récompense dans cette touchante aventure c’est qu’à la fin de chaque année scolaire, mon petit-fils, pour me montrer sa gratitude m’écrivait une belle longue lettre d’appréciation pour mon aide et sa fierté d’avoir réussi à surmonter son état dépressif et traverser son année scolaire. J’ai collectionné ses émouvants messages. Il est maintenant rendu à l’université et il graduera cette année. J’ai été bien avertie qu’il faut absolument que je sois présente à la remise des diplômes.
Si j’ai accepté de bien vouloir livrer ce témoignage, c’est pour répéter que nos jeunes sont souvent découragés face à la vie et que la seule façon de les empêcher d’aller jusqu’au suicide, c’est de saisir leur désarroi et leur apporter l’aide dont ils ont besoin, en s’armant de patience et d’écoute. Une oreille attentive, un cœur aimant et compatissant, voilà les outils nécessaires pour empêcher un drame.»
Grand-maman Pierrette, très fière de la victoire de son Julien.
«L’amour est la goutte d’eau qui redonne à une fleur flétrie la force de se relever.»
Voici une grand-maman remplie d’amour…
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Commentaires
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- Françoise Cléroux
- - 27 Mai 2010 à 09:08:32
c Cet article est touchant et surtout bien réaliste.Sincèrement, je crois que Mamie Pierrette a sauvé la vie de son petit-fils Julien et je lui rends hommage pour cela parce qu'elle a eu le courage de l'accompagner jour après jour sans défaillir.On dit qu'aimer est un Verbe...je crois que par ses actions bien tangibles, Julien a pu ressentir l'amour vrai et authentique de sa grand-mère. Je constate que sa grand-mère a pris la détresse de son petit-fils au sérieux dès le début et a tout mis en oeuvre pour le soutenir...elle a compris le grand pouvoir de l'accompagnement dans l'adversité et l'a prodigué avec une grande générosité. Bravo! à cette grande dame.




