Plus ça change, plus c’est pareil. Il n’y a pas tellement longtemps, des curés bien intentionnés entraient dans les chambres à coucher des gens pour leur dicter une conduite très stricte par rapport à la sexualité. Toute relation sexuelle entre un homme et une femme ne trouvait sa justification que dans le cadre bien précis du mariage sacramentel chrétien, en vue de la procréation. Dans tous les autres cas, il s’agissait d’un péché mortel grave que seules les femmes pouvaient commettre, car ce sont à elles que les confesseurs refusaient l’absolution, lorsqu’elles n’étaient pas enceintes de leur 14e ou 20e enfant. L’acte sexuel était vu comme un mal nécessaire que les couples pouvaient utiliser modérément dans le seul but de donner la vie à un enfant. On était loin de la sexualité comme langage d’amour entre deux personnes qui veulent unir leur destinée et partager leur vie ensemble, ouvertes sur la famille.
Aujourd’hui encore, d’autres curés, aussi bien intentionnés que les premiers, voudraient entrer cette fois dans les familles pour inciter les gens à intervenir, comme parents, dans l’orientation sexuelle de leur enfant, afin de l’aider à développer son potentiel hétérosexuel. C’est l’objectif poursuivi par les ateliers offerts aux parents de Repentigny, à l’église Notre-Dame-des-Champs, présentés par le curé Christian Lépine et animés par le pseudo-journaliste Michel Lizotte.
Mais au fait, qu’est-ce qu’un potentiel hétérosexuel? Est-ce une sorte de gêne que tout le monde possède mais que certains refusent de développer? Si, par nature, nous sommes tous et toutes hétérosexuels, pourquoi certains refusent-ils de l’être? Parce qu’ils sont vicieux? Sado-masochistes? Marginaux? Peut-être ont-ils des parents irresponsables qui n’ont pas su intervenir à temps? Vous trouvez sans doute ces propos inacceptables, et vous avez raison! Mais comment ne pas en arriver à de telles conclusions lorsqu’on offre à des gens une session de formation sur l’accompagnement parental vers l’hétérosexualité et sur les attraits non désirés vers le même sexe?
Lorsque j’étais jeune prêtre, vicaire à Mascouche, j’ai voulu aider un jeune à accepter sa condition homosexuelle qu’il refusait d’assumer. Il a préféré suivre les conseils d’un pasteur évangélique qui lui promettait une «guérison» assurée par la prière et par l’imposition des mains. Quelques temps après, j’ai reçu un appel de sa mère me disant qu’il s’était suicidé. Elle me demandait si je voulais célébrer ses funérailles.
L’homosexualité n’est pas un choix… c’est presque toujours un drame épouvantable pour celui ou celle qui la découvre dans sa vie, dans ses tripes et dans ses désirs les plus profonds. C’est souvent à l’âge ingrat de l’adolescence que le jeune découvre sa différence, et s’il n’est pas accueilli, aidé, compris et aimé par ses proches, dont ses parents, par ses amis et par les adultes qui l’entourent, le jeune se refermera sur lui-même, il se frustrera, il se détestera, il pourra se refouler jusqu’à vivre une relation hétérosexuelle contre nature qui provoquera des blessures assurées, difficiles à guérir, dans un avenir plus ou moins rapproché, lorsqu’il acceptera enfin son homosexualité. Pour d’autres, plus fragiles, le choc est tellement grand que leur seule issue possible est le suicide.
Comme prêtre, j’ose espérer que les dirigeants de mon Église n’appuient pas l’inconscience d’un curé et l’incompétence d’un pseudo-journaliste, dont l’irresponsabilité peut nuire beaucoup plus qu’aider aux parents d’aujourd’hui qui veulent accompagner leurs enfants dans les périodes difficiles de leur développement. Les parents ne sont pas coupables de l’homosexualité de leur enfant et les jeunes gais ont droit au même respect et à la même dignité que les autres.




