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L’avortement : entre la criminalisation et la banalisation…

Raymond Gravel
Publié le 31 Mai 2010
Publié le 22 Juin 2010
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Les propos malheureux du cardinal Marc Ouellet sur la recriminalisation de l’avortement ont provoqué au Québec de vives réactions autant chez les catholiques que dans la population en général. Selon un sondage récent, 94 % des Québécois sont en désaccord avec l’archevêque de Québec. Et comme ce n’est pas la première fois que monseigneur Ouellet fait presque l’unanimité contre lui, pourrait-on lui rappeler que son rôle d’évêque en est un de pasteur qui rassemble et qui unit et non pas celui d’un juge qui condamne, qui divise et qui exclut?

Sujets :
Radio-Canada , Assemblée des Évêques Catholique du Québec , Église catholique , Canada , Québec , États-Unis

Sur un sujet aussi sensible et délicat que l’avortement, il serait grand temps qu’on cesse de se braquer derrière ces deux options extrêmes qui s’affrontent depuis quarante ans : les pro-vie et les pro-choix, c’est-à-dire ceux qui veulent criminaliser tous les avortements et ceux qui cherchent à le banaliser jusqu’à en faire un moyen de contraception. De fait, lorsque les statistiques démontrent, d’une part, qu’en 2008, plus de 70,000 femmes, dans le monde, sont décédées à la suite d’un avortement clandestin, et d’autre part, qu’il y a plus de 100,000 avortements au Canada en une année et que certaines femmes se font avorter plus d’une fois, on peut se questionner, à la fois, sur la pertinence de la recriminalisation et sur nos méthodes de prévention et d’accompagnement. À l’émission Dimanche magazine de Radio-Canada, j’ai été estomaqué d’entendre de la bouche d’un médecin, le docteur Guimond, que l’avortement n’est qu’un acte médical comme un autre et qu’on peut le pratiquer au Québec jusqu’à 24 semaines de gestation, et que, pour les 3 derniers mois de grossesse, on réfère les femmes aux États-Unis. Y’a-t-il une différence entre l’extraction d’une dent et l’avortement? Comment se fait-il qu’on attende jusqu’à 6 mois de grossesse et plus pour se faire avorter? En d’autres mots, y’a-t-il des limites à l’avortement? Je peux comprendre la détresse de certaines femmes, mais leur offre-t-on d’autres alternatives qu’une interruption volontaire de grossesse? Ne pourrait-on pas aussi envisager l’adoption, puisqu’ils sont nombreux les couples infertiles d’ici qui recourent à l’adoption internationale, et ce, à des coûts exorbitants? Il me semble que ce serait faire preuve de générosité et de solidarité que d’envisager une telle possibilité.

Comme l’exprime bien le président de l’Assemblée des Évêques Catholique du Québec (l’AÉCQ), monseigneur Martin Veillette, dans un communiqué du 17 mai dernier : « Là où tous devraient s’entendre, pro-vie comme pro-choix, c’est sur la nécessité absolue de mettre en place des mesures pour que toute femme enceinte en détresse puisse être accompagnée, aidée, entourée et aimée ». Et comme le rappelle bien l’évêque de Trois-Rivières, la conviction profonde de l’Église catholique sur la vie est bien connue, mais elle n’est pas partagée par l’ensemble de la population québécoise. C’est pourquoi, comme Église, nous n’avons pas à imposer notre conception de la vie sous la menace d’une excommunication ou d’une exclusion. Il ajoute : « Il nous faut donc, comme société, trouver le moyen de vivre et de cheminer dans l’écoute et le respect mutuels ».

Il est vrai qu’il appartient aux femmes de décider de mettre au monde l’enfant qu’elles portent. Par ailleurs, il revient aux hommes et aux femmes de donner la vie, et l’avortement n’est sûrement pas l’expression de cette responsabilité partagée.

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